Est-ce un hasard ou un signe des temps ? Simon Liberati fut révélé au grand public en 2004 en passant légèrement saoul chez Thierry Ardisson. Maintenant qu’Ardisson est mort, il est de bon ton de vouer aux gémonies l’homme de télé (parfois à juste titre). Liberati n’a pas meilleure réputation. En 2015, il faisait la couverture des Inrockuptibles – inenvisageable aujourd’hui. Il est vrai qu’entretemps son ancienne épouse Eva Ionesco a publié La Bague au doigt (2023), un livre à charge où elle peignait Liberati en “clochard fou” et en “gargouille gothique” coupable de faire des plaisanteries de mauvais goût sur Hitler et d’écouter Les Lacs du Connemara. Lors du divorce entre les deux amants maudits, la majorité a pris la défense d’Eva Ionesco, alors même qu’elle s’était séparée de son mari après l’avoir agressé avec un couteau à pain et frappé avec la fourche du poêle à bûches… Quel crime Liberati a-t-il commis, à part aimer Michel Sardou ? Il semble que son humour noir ne passe plus à notre époque infantilisante qui plébiscite en librairie la moraline, le développement personnel et le témoignage victimaire.
Liberati courant le cachet et publiant tous azimuts, on peut se perdre dans son abondance production. Rappelons pour les non-initiés qu’il est l’auteur de plusieurs merveilles, dont Anthologie des apparitions (2004), Eva (2015), Les Violettes de l’avenue Foch (2017), Occident (2019), Liberty (2021), Performance (prix Renaudot 2022) ou Stanislas (2025). Quel autre écrivain contemporain a autant d’excellents livres au compteur ?
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