Rodolphe Saadé : de Marseille à Paris, son empire très stratégique dans l’IA

Une vague géante. Trois fois plus haute que les autres. Depuis des siècles, ces “monstres” aquatiques peuplent les récits des marins. “On a longtemps cru à des légendes. Mais les technologies modernes prouvent que ce phénomène, appelé ‘vague scélérate’, existe bel et bien”, explique le commandant Emmanuel Delran, le directeur du centre de gestion de la flotte de CMA CGM. Scrutant un écran de la taille du mur, lui et ses collègues voient tout. Les 738 bateaux opérés par le groupe. Les phénomènes météo. Les alertes en temps réel. Une vigie high-tech qui guide les équipages de la compagnie. Ici, l’alerte Octopus signale non pas la présence d’un kraken mais celle d’un phénomène aussi dangereux : le roulis paramétrique. Il survient quand les vagues entrent en résonance avec le mouvement naturel d’un navire, chaque oscillation devenant plus violente que la précédente jusqu’à menacer sa stabilité. “Notre système permet de le détecter précocement et d’alerter l’équipage, qui effectue alors des manœuvres spécifiques afin de stopper ce cycle”, poursuit le commandant.

Grâce à l’essor des constellations Internet basse orbite telles qu’Eutelsat ou Starlink, les bateaux reçoivent de plus en plus d’informations. Mais ils ne peuvent en traiter autant que des infrastructures terrestres. Le “Fleet Center” est perché au sommet de l’immense tour CMA CGM. Elle est légèrement moins haute que la Bonne Mère. Impensable de faire de l’ombre à Notre-Dame de la Garde, cette basilique marseillaise révérée par les marins. Devant les ordinateurs, la Méditerranée luit sous le soleil. A l’arrière, des serveurs croisent et analysent les flux de données. La mission principale du centre est d’établir un trajet qui protège l’équipage, le navire et les marchandises. Un cyclone menace de croiser la route du bateau ? Celle-ci est aussitôt recalculée. Puis optimisée, afin de réduire les émissions carbone. Le système analyse les courant porteurs. Et scanne les plannings des ports. Car un navire qui arrive trop tôt et ne trouve pas de place doit s’arrêter puis redémarrer, générant bien plus de CO2 qu’en modérant simplement sa vitesse.

Après Bab-el-Mandeb, le détroit d’Ormuz

Cette tour de contrôle constitue l’un des maillons d’un vaste écosystème technologique que le patron de CMA CGM, Rodolphe Saadé, bâtit patiemment. Et qui n’a rien d’une tocade. L’innovation métamorphose les marchés où l’armateur réalise 54,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel. La Chine l’a déjà compris. “À Shanghai, premier port mondial en volume, les terminaux sont désormais robotisés. Grues autonomes, véhicules sans conducteur et systèmes de chargement automatisés fonctionnent 24 heures sur 24”, souligne Adrien Thiébault, associé au cabinet Wavestone. Avec 10,6 % des parts de flotte mondiale, le chinois Cosco reste derrière le français CMA CGM (12,7 %), le danois Maersk (14,3 %) et le numéro un italo-suisse MSC (20,2 %). Mais le rival asiatique a plongé tête baissée dans le grand bain de l’IA. En 2025, il a dévoilé un grand modèle de langage (LLM) entraîné sur ses données internes.

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