Le chiffre risque de faire drôle. Des 121.617 du congrès qui a fait élire Bruno Retailleau en mai 2025, le nombre d’encartés Les Républicains sera-t-il retombé à trois fois moins le 18 avril ? « On en croise beaucoup qui ne sont pas très au courant du vote prévu ce jour-là, ou alors pas totalement décidés à y participer », soupire un haut dirigeant du parti. Dans un peu plus d’une semaine, les adhérents LR seront consultés un samedi par voie électronique, de 8 à 18 heures, sur le mode de désignation de leur candidat à la prochaine présidentielle.
Trois plats seront au menu : une primaire réservée aux seuls militants à jour de cotisation ; une primaire élargie aux sympathisants selon des modalités à définir ; une intronisation pure et simple de Bruno Retailleau, en tant que chef des Républicains, comme candidat officiel. Le processus a été mis sur les rails le 24 mars, lors d’un bureau politique convoqué par le sénateur de la Vendée au lendemain d’élections municipales plutôt réussies pour son camp. Si une majorité de cadres LR a approuvé ce triptyque, une kyrielle de barons – Valérie Pécresse, Gérard Larcher, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand – doutent de sa pertinence. Et le font savoir de manière plus ou moins bruyante, plus ou moins désintéressée.
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Car c’est vrai, le vote interne du 18 avril aura quelque chose d’incongru. Si les adhérents LR venaient à choisir une des deux versions de la primaire ainsi délimitée, qui s’y présenterait ? Pas David Lisnard, qui a claqué la porte du mouvement, justifiant son embardée solitaire par le besoin d’une présélection qui irait d’Édouard Philippe à Sarah Knafo. Pas Xavier Bertrand non plus, qui entend tracer son propre sillon au moins jusqu’à la fin de l’automne. Pas Laurent Wauquiez, enfin, qui défend lui aussi un périmètre à l’étendue surprenante – à moins de considérer le parti d’Éric Zemmour, structurellement hostile à l’islam, comme cousin idéologique d’Horizons – et se sait minoritaire dans les rangs des Républicains. Après tout, le député de la Haute-Loire a été sèchement battu par Bruno Retailleau il y a moins d’un an.
Resterait ainsi peut-être Philippe Juvin, aujourd’hui rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale et lanterne rouge, en 2021, de la primaire dont Valérie Pécresse était sortie vainqueur. À tout le moins, il y aurait à organiser un tel scrutin avant l’été. Des tracas supplémentaires et du temps en moins pour construire une campagne présidentielle digne de ce nom – un aspect crucial lorsqu’on se situe entre 6 % et 10 % dans les sondages, ce qui est le cas de Bruno Retailleau. L’option consistant à le désigner immédiatement a, de ce point de vue, le mérite de la simplicité. Et elle n’empêcherait pas les statuts du parti, qui prévoient une consultation des adhérents, d’avoir été respectés.
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Autour de l’ex-ministre de l’Intérieur, certains s’inquiètent toutefois. Le bruit médiatique généré par les partisans d’une primaire « ouverte » à d’autres formations politiques va-t-il nourrir une confusion avec la primaire « semi-ouverte » proposée le 18 avril ? La peur d’un trop-plein de candidatures à droite et au centre, qui pourrait favoriser un duel en 2027 entre le Rassemblement national et Jean-Luc Mélenchon, peut-elle dissuader des encartés LR à désigner Bruno Retailleau ? « Le fait qu’il y ait trois modalités possibles va mécaniquement réduire son score », indique une fidèle.
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D’autres reprochent à Gérard Larcher, à la tête du comité chargé d’auditionner des figures du parti et de rédiger des conclusions pour organiser ce vote, d’avoir bataillé pour que deux versions de la primaire interne soient proposées. Or, comme le dit un de ses plus proches, « Bruno Retailleau ne peut pas faire campagne pour lui-même en disant “investissez-moi” aux militants ». « Ça complique la com autour du vote », ajoute le même. D’où la crainte, comme évoqué au plus haut, d’une participation médiocre. Et, par là même, d’un manque d’élan pour le Vendéen dans sa difficile route vers l’Elysée.

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