La proposition de loi visant au « retour de la région Alsace », détachée du Grand-Est, ne fait pas l’unanimité auprès des autres régions de France. Dans un texte publié dans La Tribune, dimanche 5 avril, les présidents de dix régions s’opposent à ce projet qu’ils qualifient de « faute institutionnelle, politique et historique ».
« Le 7 avril, l’Assemblée nationale examinera une proposition de loi pour créer une “collectivité unique” d’Alsace qui signifierait de facto une sortie de la région Grand-Est », rappellent les signataires de la tribune, parmi lesquels son président Franck Leroy, la présidente de l’association Régions de France et de la région Occitanie, Carole Delga, ou celle de l’Ile-de-France, Valérie Pécresse.
Dix ans après la fusion des régions décidée à l’époque de François Hollande, le texte a été déposé par le groupe Ensemble pour la République (macroniste). Pour les signataires de la tribune, il correspond « parfaitement pour ne pas dire au mot près aux exigences de l’extrême droite qui a fait du démantèlement des régions l’un de ses chevaux de bataille ».
« Alors que la France traverse des crises économiques, climatiques et géopolitiques sans précédent, que nos concitoyens attendent des réponses sur leur pouvoir d’achat, sur l’emploi, sur la santé, sur les transports, quelques députés, pour des raisons purement clientélistes, jugent utile d’agiter une nouvelle fois le vieux débat de la réorganisation territoriale », regrettent les auteurs.
« Et la création d’une taxe, prévue par le texte lui-même pour financer la transition, dit tout de la réalité de ces “économies” qui n’en sont pas », soulignent encore les signataires, dont le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand.
« Il appartient au gouvernement de siffler la fin de la récréation »
« Ce texte servira, s’il acquiert force de loi, à chaque lobby local à revendiquer autonomie et indépendance », s’inquiètent-ils. « A une époque où le vivre-ensemble national se délite et se trouve même en danger, il faut recoudre plutôt que déchirer, rassembler plutôt que dépecer, fédérer plutôt que diviser », écrivent-ils.
« Il appartient au gouvernement de siffler la fin de la récréation », conclut la tribune, également signée par François Bonneau (Centre-Val de Loire), Jérôme Durain (Bourgogne-Franche-Comté), Christelle Morançais (Pays de la Loire), Renaud Muselier (Provence-Alpes-Côte d’Azur), Fabrice Pannekoucke (Auvergne-Rhône-Alpes) et Alain Rousset (Nouvelle-Aquitaine).
Le sujet a été abordé jeudi, lors de la journée organisée pour les dix ans des nouvelles régions à Paris. « Est-ce qu’aujourd’hui, dans notre pays, l’urgence, c’est de modifier le millefeuille institutionnel et d’en rajouter une couche ? », s’est interrogée Carole Delga dans son discours d’ouverture. Franck Leroy a lui dénoncé devant des journalistes « un projet fondé sur du sable », qui « n’a fait l’objet d’aucune étude d’impact ».
