Il faut se méfier des emballements technologiques. Ils produisent souvent plus de bruit que de réalité. Mais la folie OpenClaw en Chine mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle dit quelque chose de profond sur la manière dont le pays conçoit l’intelligence artificielle. En quelques jours, un modèle open source d’agents IA est sorti du cercle des développeurs pour devenir un phénomène de masse, avec files d’attente, sessions d’installations collectives et mise en scène presque carnavalesque. Des événements organisés par Tencent attirent enfants, retraités et curieux, arborant des chapeaux en forme de homard, l’effigie du projet OpenClaw.
Cette folie a en outre pris une tournure très chinoise : l’imitation compétitive à l’échelon national. C’est une guerre de plateforme qui a débuté. En quelques jours, Zhipu a lancé AutoClaw, présenté comme une version avec plus de 50 compétences pré-installées. ByteDance, via Volcano Engine, a sorti ArkClaw. Tencent a mis en ligne WorkBuddy pour un usage professionnel, avant d’étendre l’offensive à d’autres briques comme QClaw puis ClawBot dans WeChat. Alibaba a répliqué avec ses propres offres orientées entreprises. Autrement dit, plusieurs géants se sont rués en même temps sur la même couche logicielle ouverte.
La folie des “homards”
C’est là que se trouve le cœur économique de l’histoire. OpenClaw est gratuit. Le code est ouvert. Le modèle ne constitue donc pas, en lui-même, une rente défendable. La valeur se déplace vers autre chose : l’installation par défaut, l’interface, le magasin implicite de compétences, l’automatisation du navigateur, l’intégration aux messageries, aux suites de travail et aux modèles. En clair, la bataille ne porte pas sur la propriété du code mais sur la maîtrise de la distribution. C’est la guerre des navigateurs Internet qui se rejoue à l’ère des agents : le navigateur était gratuit, mais la vraie puissance venait du contrôle de la porte d’entrée. Le marché l’a très bien compris. L’action de Zhipu a bondi de près de 13 % le jour du lancement d’AutoClaw.
.

Leave a Reply