« Pas soutenable sur la durée » : le canal de Panama confronté à une hausse du trafic avec la guerre au Moyen-Orient

Le trafic s’accélère dans le canal de Panama à cause de la guerre au Moyen-Orient. Face aux attaques américaines et israéliennes, l’Iran bloque le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement près de 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) destinés aux marchés mondiaux, principalement l’Asie mais aussi l’Europe.

Cette situation a engendré un report d’une partie du trafic maritime vers le canal de Panama : afin d’éviter le détroit d’Ormuz, certains préfèrent désormais acheter du pétrole ou du gaz aux États-Unis plutôt qu’aux pays du Golfe, et le transporter vers l’Asie via le canal de Panama.

« Nous avions prévu environ 34 passages (de navires dans le canal) par jour » pour cette année, mais au cours des deux dernières semaines, « nous en avons eu 38, 39, 40 », a affirmé lundi Ilya Espino de Marotta, une responsable de l’Autorité du Canal de Panama (ACP), dans une interview à la chaîne Telemetro.

Des cargaisons américaines vers l’Asie

Selon Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime Nantes Saint-Nazaire (Isemar), interrogé par La Tribune, il s’agit « essentiellement d’exportations américaines d’énergie », notamment de « gaz naturel liquéfié (GNL) qui peut aller vers l’Asie », mais aussi de « gaz de pétrole liquéfié (GPL) ».

« Il y a des flux qui partent du golfe du Mexique et de ses terminaux GNL qui doivent être réorientés sur le Japon, Taïwan, la Corée ou peut-être même l’Inde », poursuit Paul Tourret. « Le prix du gaz étant plus élevé en Asie qu’en Europe, il y a sans doute des reventes de cargaisons qui devaient faire États-Unis/Europe vers États-Unis/Asie, via Panama », ajoute-t-il.

Les États-Unis et la Chine sont de loin les plus grands usagers du canal, par lequel transite environ 5 % du commerce maritime mondial. « Le canal de Panama est une voie sûre, courte et qui, avec les prix du carburant » offre de meilleurs rendements, a vanté la responsable de l’organisme public autonome panaméen qui exploite le canal, Ilya Espino de Marotta.

Un créneau horaire par jour pour les méthaniers

Elle a néanmoins averti que le passage de plus de 40 navires quotidiens n’était « pas soutenable sur la durée ». Mais selon Paul Tourret, le risque de saturation du canal de Panama est « à la marge ». Le directeur de l’Isemar précise qu’il n’y a « pas de pétroliers  parce que les pétroliers sont trop petits pour le canal », long de 77 km et large de 218 mètres.

Il y a quelques jours, l’administrateur du canal, Ricaurte Vasquez, a estimé que la guerre au Moyen-Orient pourrait redessiner les routes énergétiques mondiales. Le canal de Panama fonctionne « à pleine capacité », avec un passage quotidien de 36 à 38 navires, avait-il déjà indiqué le 20 mars dernier, selon Reuters.

« Nous avons (suffisamment) d’eau maintenant », a-t-il déclaré, en référence à la sécheresse qui avait conduit le canal à imposer des restrictions de passage entre 2023 et 2024. Il se prépare désormais à offrir un créneau horaire par jour aux méthaniers pour leur passage, une augmentation notable par rapport aux quatre créneaux mensuels récemment enregistrés, a-t-il ajouté.

Source link

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *