Leonardo Maria Del Vecchio nous reçoit dans les bureaux de LMDV Capital, son family office avec vue sur Milan. Il affiche la détermination de ceux qui ne veulent pas être seulement perçus comme les héritiers d’un nom. Le sien est l’un des plus prestigieux du capitalisme italien – son père disparu en 2022 est le fondateur de l’empire Luxottica. A tout juste trente ans, celui qui préside Ray-Ban et officie comme Chief Strategy Officer d’EssilorLuxottica veut s’imposer comme un acteur incontournable de l’économie de la péninsule. A travers LMDV Capital, il déploie une stratégie d’investissement diversifiée, avec déjà plus de 50 participations en seulement quatre ans. Un portefeuille qui vise à exalter et défendre les excellences du made in Italy : des restaurants haut de gamme à Milan (Casa Fiori Chiari, Vesta, Trattoria del Ciumbia) à l’acquisition d’une marque historique d’eau minérale Acqua e Terme Fiuggi. Il nous livre sa vision entre pragmatisme économique et défense de la souveraineté italienne et européenne.
L’Express : Les entreprises dans lesquelles vous investissez sont essentiellement italiennes. Pourquoi cette préférence ?
Leonardo Maria Del Vecchio : C’est un choix de cœur autant que stratégique. Je crois profondément en la force des entreprises italiennes lorsqu’elles sont soutenues par une organisation, une technologie et une vision internationale. Notre système industriel possède encore un énorme potentiel à exprimer sur les marchés mondiaux, s’il est placé dans les bonnes conditions.
Il n’est pas toujours raisonnable de compter sur les autres. Prenez Matthieu Udol, qui a fêté son 30e anniversaire vendredi. Il n’avait pas reçu l’appel tant espéré de Didier Deschamps en équipe de France, la veille. Alors le piston gauche s’est gâté tout seul : un but acrobatique pour parachever la victoire contre Angers (5-1) et une guirlande de compliments. Le premier but en championnat pour la révélation tardive venue de Metz, plus habituée à régaler (7 passes décisives).
Tous les buts de cette 19e victoire de la saison en Ligue 1 ont été marqués par des recrues de l’été. Une prouesse pour ce club qui a travaillé sous le signe de l’austérité. Le directeur sportif Jean-Louis Leca a sacrément réussi ses deux premiers marchés : 100 millions d’euros encaissés pour 43 dépensés. Quelques trouvailles à la clé, tel le milieu de terrain malien Mamadou Sangaré, sorti du même moule que le brillant Seydou Keita. Le dirigeant corse ne ferait pas tache à la suite de l’architecte du PSG, Luis Campos, au palmarès du meilleur directeur sportif de l’année. Il a d’ailleurs fini la soirée en avalant quelques bulles. De soda. Le champagne attendra au moins quelques semaines de plus.
Avec douze points d’avance (mais un match de plus) sur le quatrième, Lyon, une qualification directe pour la Ligue des champions est en bonne voie. Miraculeuse ? Oui, si l’on se souvient du ton alarmiste du propriétaire Joseph Oughourlian en conférence de presse avant le début du championnat. Pas tant que ça pour les associations de supporters, à qui il avait tenu un discours plus mesuré lors d’une réunion en petit comité. « On sait comment vit le club », rassure Jey, secrétaire des Magic Lens, qui a vu un autre signe positif dans l’achat à la ville du stade Bollaert-Delelis, entériné en décembre. Une étape clé dans une saison « plus que belle ».
Le joueur du PSG NUno Mendes, à Nice, le 21 mars 2026. MANON CRUZ / REUTERS
« Oui, cela a été une soirée parfaite. » Luis Enrique, l’entraîneur du Paris Saint-Germain (PSG), peut souffler : cinq jours après la qualification de son équipe pour les quarts de finale de la Ligue des champions, et juste avant la trêve internationale, le club de la capitale a engrangé de précieux points grâce à sa victoire à Nice (4-0), samedi 21 mars, lors de la 27e journée de Ligue 1.
Pour leur premier match de championnat depuis la lourde défaite contre Monaco (1-3) il y a deux semaines, les champions de France en titre ont assuré l’essentiel dans leur course intense avec Lens en reprenant, avec un point d’avance, la tête du classement, provisoirement abandonnée vendredi après la victoire des Sangs et Or face à Angers (5-1).
« On a contrôlé le match, ce n’était pas facile, ce sont trois points importants car Lens continue d’améliorer son niveau et ce sera difficile jusqu’au bout », a analysé Luis Enrique, alors que se profile à l’horizon le choc, le 11 avril, entre les deux prétendants au titre. Le PSG dispose toutefois d’un joker puisqu’il a un match en retard à disputer face à Nantes, plus tard dans la saison.
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Sur la Côte d’Azur, samedi soir, les Parisiens ont été un peu moins flamboyants que lors des deux confrontations européennes contre Chelsea (5-2, 3-0) mais d’une grande efficacité offensive, malgré l’absence de nombreux cadres.
Ils ont ouvert le score sur un pénalty provoqué par une main de Morgan Samson dans la surface, une décision arbitrale très contestée par l’entraîneur niçois, Claude Puel. Le Portugais Nuno Mendes – aligné ailier gauche pour remplacer Bradley Barcola blessé – a mis fin à la mauvaise série parisienne des pénaltys manqués (1-0, 42e).
Premier but avec le PSG pour Dro Fernandez, 18 ans
Pas dans sa meilleure période, Désiré Doué a néanmoins marqué son cinquième but en championnat, servi par Nuno Mendes (2-0, 49e). L’ancien Rennais a été aussi proche d’un doublé (63e), mais c’est bien le jeune milieu Dro Fernandez (18 ans) qui a inscrit le troisième but parisien – et son premier au PSG depuis son arrivée de Barcelone au mercato hivernal –, à la suite d’un joli crochet (3-0, 81e).
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Warren Zaïre-Emery a conclu le festival (4-0, 85e) sur une passe rasante du défenseur Lucas Beraldo, qui a dû évoluer dans un poste hybride au milieu de terrain. En grande forme contre Chelsea, Khvicha Kvaratskhelia n’a pas marqué mais a été encore une fois très en vue avec des dribbles, et même une tête sauvée sur la ligne par Juma Bah. Préservé avant la trêve et entré à l’heure de jeu, Ousmane Dembélé est, lui, présent sur les deux derniers buts parisiens, sur de subtiles passes.
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Seule ombre au tableau pour le PSG, les sorties sur blessure de Lee Kang-In à la suite d’un violent tacle et de Senny Mayulu, visiblement touché de nouveau au mollet.
De son côté, Nice, qui restait sur une victoire, stagne en bas de tableau, à la quinzième place. Les Aiglons ont vu Auxerre, barragiste, revenir à cinq points après un succès net, en fin d’après-midi, sur Brest (3-0). Un peu plus tôt, Toulouse avait profité de sa victoire sur Lorient (1-0) pour passer en 9e position, à égalité de points avec son adversaire de jour.
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REPORTAGE – En ex-RDA comme dans l’ouest du pays, le parti d’extrême droite bat campagne en vue des élections régionales 2026, surfant sur le rejet des « vieux partis » et les craintes liées au phénomène migratoire.
Devant la salle Johann-Sebastian-Bach du château de Köthen, une ville de 25 000 habitants située en Saxe-Anhalt, la file s’étire. Les organisateurs doivent se rendre à l’évidence. Les 440 places ne suffiront pas à accueillir tous les militants et sympathisants venus assister à ce « dialogue citoyen » de l’Alternative für Deutschland (AfD), à six mois des très attendues élections régionales de Saxe-Anhalt. Plus d’une centaine d’habitants de ce Land de l’ex-RDA devront repartir bredouilles, non sans avoir eu droit à quelques minutes dans la cour du château avec Ulrich Siegmund, le candidat tête de liste aux élections régionales, qu’ils étaient venus applaudir. « On ne pensait pas qu’il y aurait autant de monde ! », s’exclame un des membres du parti d’extrême droite, ravi de cette affluence.
Le lendemain soir, à plus de 500 kilomètres à l’ouest de Köthen, un autre « dialogue citoyen » organisé par l’AfD se tient à la maison communale de Jockgrim, petite ville de 7 500 habitants…
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Sam Rodriques, à San Francisco (Californie), le 10 novembre 2022. EDISON SCIENTIFIC, INC.
En plein boom de l’intelligence artificielle (IA), Sam Rodriques, PDG et confondateur d’Edison Scientific, entretient la légende de la Silicon Valley. L’entrepreneur de 34 ans nous reçoit le 11 février dans ses locaux, une usine réhabilitée de San Francisco (Californie), meublée de canapés défoncés et de bouteilles d’azote. Il est en tee-shirt et engloutit des snacks car il n’a pas eu le temps de déjeuner tout en nous exposant son aspiration : « Ce que nous voulons faire, c’est guérir toutes les maladies. » Et pour cela, il s’emploie à « construire un scientifique artificiel », un modèle d’IA qui permettra de réaliser ce que les humains sont incapables d’accomplir.
Le jeune homme ne manque pas d’ambition. Physicien de formation, il a débuté dans l’informatique quantique, mais a eu peur qu’il n’y ait rien à découvrir. « Je me suis donc tourné vers la biologie et les neurosciences, où tout est encore à résoudre. Le problème qui m’intéressait le plus à l’époque était de comprendre comment le cerveau fonctionnait »,explique celui qui a alors obtenu un doctorat au Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Cambridge.
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La stratégie de “décapitation” portera-t-elle ses fruits ? Alors qu’Israël a annoncé mercredi la mort du ministre du renseignement iranien Esmail Khatib, au lendemain de celle du dirigeant de facto du pays Ali Larijani, plusieurs spécialistes s’interrogent sur l’efficacité de ces frappes ciblées à moyen et long terme. Du côté d’Israël et des Etats-Unis, viser les ténors du régime, bien que cela soit illégal au regard du droit international, a pour objectif de l’affaiblir et d’éviter des enlisements militaires, en décourageant notamment les cadres subalternes d’accepter des fonctions devenues extrêmement dangereuses. En parallèle, les milliers de bombardements menés contre la République islamique visent à restreindre toute riposte militaire.
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Mais certains observateurs du conflit sont dubitatifs. Car au cœur du problème se trouvent la structure et la résilience du régime iranien. La figure du “martyr” est en effet profondément ancrée dans l’idéologie de la République islamique d’Iran, et l’élimination de hauts dirigeants, à défaut de raccourcir la guerre, peut attiser un désir de vengeance et fermer les voies diplomatiques — prolongeant ainsi le conflit. “Ce régime se nourrit d’une théologie de la souffrance, donc plus il y aura d’assassinats, plus il deviendra résilient, et des individus moins expérimentés accéderont à des postes plus élevés”, a par exemple expliqué Bader Al-Saif, historien, lors d’une conférence du Middle East Institute.
Un second souffle
“Ce n’est pas un régime personnalisé. Il existe des couches institutionnelles sous chaque individu et j’imagine que la réponse à ces frappes de décapitation consiste simplement à promouvoir des cadres en interne – même si cela comporte le risque de faire émerger des individus inconnus et non expérimentés”, abonde auprès du Guardian Sanam Vakil, experte de l’Iran à Chatham House. Elle poursuit : “Pour l’instant, [cette stratégie de décapitation] semble surtout faire gagner du temps (…), mais il existe un risque que cela redonne un second souffle au système en revitalisant un régime qui était en perte de vitesse, où ceux qui montent en grade ont vu leurs mentors, leurs supérieurs et des membres de leur famille être tués.”
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Les experts sont d’autant plus circonspects que par le passé, les assassinats menés par Israël n’ont pas eu de grand succès. Un exemple : la mort du chef spirituel du Hamas, le cheikh Ahmed Yassin en 2004, qui n’a pas empêché le groupe de se reconstituer. L’élimination des figures clés lors de la guerre d’Irak en 2003, menée par les Etats-Unis, n’a, elle non plus, nullement conduit à la démocratisation du régime, bien au contraire.
Un soulèvement peu probable
“L’un des mythes répandus au sein du gouvernement américain après le 11-Septembre et avant l’invasion de l’Irak était qu’il suffisait d’éliminer la “sale douzaine” [de hauts responsables du régime] en Irak. Je pensais que c’était une mauvaise idée à l’époque, et ça l’est toujours aujourd’hui”, a commenté Jon B. Alterman, du Center for Strategic and International Studies à Washington, auprès du Guardian. “Un point qui n’a pas reçu suffisamment d’attention est que si l’on élimine les personnes qui ont de l’influence auprès des éléments les plus radicaux, il ne reste plus personne capable de les arrêter. On a aussi l’impression que la résilience du régime iranien est sous-estimée. Il est peut-être possible de provoquer une division interne, mais je ne vois aucune preuve de l’existence de démocrates modérés prêts à prendre le relais”, développe-t-il.
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La situation est complexe car même en cas de déstabilisation du régime, un soulèvement populaire victorieux n’apparaît pas forcément comme le scénario le plus probable. Dans un article publié en janvier dans le magazine américain Foreign Affairs, Afshon Ostovar, spécialiste du Moyen-Orient à la Naval Postgraduate School, avance qu’un éventuel coup d’Etat aurait plus de chances d’émaner de l’intérieur du Corps des gardiens de la révolution islamique — l’acteur le plus puissant du pays — et viserait avant tout à maintenir les structures en place, une hypothèse jugée crédible par plusieurs experts. En outre, Donald Trump a lui-même reconnu plus tôt dans la guerre que l’élimination de dirigeants clés pourrait compromettre les chances d’une transition politique. “Imaginer une issue diplomatique à cette guerre — c’est très difficile”, conclut Daniel Sheffield, professeur assistant à l’université de Princeton, cité par CNN.
Quoi de mieux qu’une promenade rue de Rivoli pour prendre le pouls de la filière du prêt-à-porter en France ? Sur cette artère incontournable du shopping parisien, les vitrines des acteurs traditionnels du milieu de gamme, comme Camaïeu ou Naf Naf, n’existent plus que dans les souvenirs, victimes d’une crise mêlant changement des habitudes de consommation, inflation et concurrence chinoise. Parmi les survivants, les enseignes de l’empire Inditex – numéro un mondial de l’habillement avec sa figure de proue, le géant Zara, mais aussi Bershka et Pull and Bear. Un autre espagnol, dix fois plus petit, fait de la résistance : Mango. Fondé dans les années 1980 par les frères d’origine turque Isak et Nahman Andic, la marque vient de boucler une année record avec un bénéfice de 242 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 3,8 milliards, en croissance de 13 %.
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Pour comprendre ce succès, il faut s’envoler pour Palau-solità i Plegamans, à une trentaine de kilomètres de Barcelone. Un complexe de bâtiments blancs, dont un ancien hangar d’aviation, forme le Mango Campus. Un an après le décès d’Isak Andic dans des circonstances troubles – l’enquête est en cours -, l’ombre du fondateur plane toujours au-dessus de cette zone industrielle. Les œuvres d’art issues de sa collection privée ornent les couloirs du siège tandis qu’à l’entrée trône une sculpture signée Jaume Plensa, l’un de ses proches.
Faire la mode, pas des vêtements
C’est ici que les deux collections annuelles de Mango – auxquelles s’ajoutent des éditions limitées – sont imaginées. Avec un processus millimétré : le tissu est soigneusement sélectionné, découpé par un robot laser puis confié à une équipe de couturières qui fabriquent les échantillons. “Tout notre processus créatif se déroule en interne, nous n’envoyons à nos usines que les prototypes déjà prêts, explique Luis Casacuberta, directeur des produits et du développement durable. Cette méthode nous ralentit mais peu importe : nous ne créons pas seulement des vêtements, nous créons la mode”. Une fois fabriqués en Turquie, en Chine ou encore en Inde, les robes, chemisiers et autres pantalons sont stockés dans le centre logistique de Lliçà d’Amunt, à quelques encablures du campus, avant d’être expédiés aux quatre coins du monde. Chaque année, près de 200 millions de pièces transitent dans cet immense entrepôt.
C’est une nouvelle qui pourrait marquer un tournant dans le conflit opposant la coalition israélo-américaine et l’Iran. Ce 21 mars, la République islamique a tiré pour la première fois des missiles balistiques de portée intermédiaire vers Diego Garcia, la base militaire conjointe américano-britannique nichée au cœur de l’océan Indien, selon plusieurs responsables américains cités par le Wall Street Journal. Selon ces mêmes sources, dont l’une s’est également exprimée auprès de CNN, deux missiles ont été lancés : l’un a échoué en vol en raison d’un problème technique encore inconnu, tandis que l’autre aurait été intercepté par un destroyer américain équipé d’un système SM-3. Une interception qui n’a toutefois pas été officiellement confirmée par le Pentagone.
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Londres, en revanche, est sorti de sa réserve. Le ministère britannique de la Défense a dénoncé des “attaques imprudentes de l’Iran”, tandis qu’une source officielle a confirmé à l’AFP que la tentative de frappe avait échoué. Côté iranien, l’agence de presse Mehr revendique implicitement l’opération, évoquant une cible visant “la base militaire des oppresseurs à Diego Garcia” et qualifiant cette action d’”étape importante” dans la capacité de Téhéran à menacer les intérêts américains au-delà de son environnement régional immédiat.
Située sur une île isolée de l’archipel des Chagos, sous souveraineté britannique, la base de Diego Garcia constitue un point névralgique pour les opérations militaires américaines, abritant sous-marins nucléaires, bombardiers stratégiques et destroyers. Elle accueille notamment des bombardiers à longue portée, régulièrement mobilisés dans les opérations au Moyen-Orient. En 2025, Londres a conclu un accord prévoyant la rétrocession de l’archipel à l’île Maurice, tout en sécurisant un bail de 99 ans pour maintenir cette présence stratégique. Dans le même temps, le Royaume-Uni a autorisé les États-Unis à utiliser Diego Garcia ainsi que la base de Fairford, dans le sud-ouest de l’Angleterre, pour des opérations “défensives” contre l’Iran, visant notamment ses capacités de frappe. Une décision qui a immédiatement suscité la colère de Téhéran : le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a accusé le Premier ministre Keir Starmer de mettre “des vies britanniques en danger”, affirmant que l’Iran exercerait “son droit à la légitime défense”.
Une distance qui inquiète
Mais plus que l’épisode lui-même, c’est la distance parcourue par les missiles qui suscite l’attention… et l’inquiétude. La base visée se situe à près de 4 000 kilomètres des frontières iraniennes, soit bien au-delà de la portée officiellement reconnue par Téhéran, fixée à 2 000 kilomètres. Selon Iran Watch, une plateforme basée à Washington qui surveille et analyse les programmes nucléaires, balistiques et d’armes de destruction massive de l’Iran, le pays possède déjà des missiles capables d’atteindre 4 000 kilomètres, tandis que le centre israélien Alma estime leur portée maximale à 3 000 kilomètres, avec des projets d’armes plus longues encore.
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Cette frappe relance ainsi les interrogations autour du missile Khorramshahr-4, fer de lance de l’arsenal balistique iranien. Officiellement capable de parcourir entre 2 000 et 3 000 kilomètres, ce missile pourrait en réalité aller bien au-delà. “S’il est confirmé que l’Iran a tiré 2 missiles capables d’atteindre Diego Garcia dans l’océan indien (4 000 kilomètres), cela confirme que Paris est à portée de tir depuis l’Iran”, a commenté sur X Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret Défense et journaliste à L’Express. Le Royaume-Uni, de son côté, discute actuellement d’un transfert de souveraineté de Diego Garcia et des Chagos à l’île Maurice, tout en maintenant un bail à long terme pour la base. Mais cette perspective se heurte à l’opposition du président Donald Trump et de certains élus républicains, renforçant l’importance géopolitique de l’île.
Donald Trump a-t-il écouté les militaires ? Difficile à savoir, tant le président est accoutumé à annoncer tout et son contraire. Jeudi 19 mars, alors qu’il recevait la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, Trump disait exclure d’envoyer des troupes au sol, tout en précisant que s’il le faisait il ne le dirait pas.
Le même jour, on apprenait que 2 500 marines du 31e Corps expéditionnaire étaient partis d’Okinawa, au Japon, et se trouvaient en route pour le golfe Persique. Puis qu’un autre corps, le 11e, avec également environ 2 500 hommes, avait quitté San Diego, en Californie, pour renforcer le premier. Dans les deux groupes amphibies qu’ils accompagnent, on trouve au moins un porte-aéronefs léger capable d’embarquer des avions F-35 et des chalands de débarquement. Pas d’annonce officielle de déploiements de troupes au sol, donc, mais un tel dispositif le laisse supposer.
D’autant que, selon le média en ligne Axios, une prise de contrôle de l’île de Kharg, à 24 kilomètres de la côte iranienne, où 90 % des exportations de brut sont traitées, était envisagée par le commandement américain, afin d’obliger les Iraniens à négocier.
Vu la position de cette île, au nord du détroit d’Ormuz, une telle opération n’est envisageable qu’une fois les défenses iraniennes affaiblies : « Ça ne pourrait pas se faire avant un mois », expliquait une source proche de la Maison-Blanche à Axios. Autre option : un débarquement côtier, pour neutraliser les emplacements d’où partent les tirs sur les navires, missiles et drones.
Qui croire ? Donald Trump, quand il disait ce 20 mars au soir envisager de « réduiregraduellement » les opérations militaires des États-Unis au Moyen-Orient puisque leurs objectifs en Iran étaient sur le point d’être atteints ? Ou le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, qui, ce 21 mars, affirmait que l’intensité des frappes allait « considérablement augmenter » dans les jours prochains et qu’elles s’arrêteraient quand « tous les objectifs de la guerre » auront été remplis ?
Depuis le début de cette opération contre le régime des mollahs, entrée ce 21 mars dans sa quatrième semaine, la contradiction et la confusion sont les seules constantes auxquelles on puisse s’accrocher.
Brouillard non dissipé
La journée du samedi 21 mars n’a pas permis de dissiper le brouillard. Dans un message qui se voulait rassurant, le chef du commandement militaire américain a affirmé que la capacité de Téhéran à menacer la circulation dans le détroit d’Ormuz, par où transite 20 % du pétrole mondial et que la main iranienne étrangle encore fermement, avait été réduite ces dernières heures.
L’amiral Brad Cooper a ainsi expliqué que des bombardements avaient « détruit » une installation qui abritait notamment des missiles de croisière mais « également anéanti des sites de renseignement et des relais de radar de missiles qui servaient à surveiller les mouvements des navires ». Dans la foulée, une vingtaine de pays, dont la France, les Émirats arabes unis ou le Canada, ont affirmé se tenir « prêts à contribuer aux efforts » nécessaires à la réouverture du détroit d’Ormuz. De quoi espérer un début de règlement du conflit ?