“Nos objectifs en Iran sont presque atteints” : derrière l’autosatisfecit de Donald Trump, un bilan très contrasté

Le concept de “brouillard de guerre” renvoie d’ordinaire à la façon de masquer ses buts véritables à l’ennemi. Donald Trump est en train d’en livrer une conception fort personnelle. Dans sa bouche, ses objectifs et le moyen de les atteindre fluctuent au fil des jours, entre promesse de changement de régime un jour mais pas le suivant, rumeurs d’envoi de troupes au sol finalement exclu, déclaration de négociations avec les dirigeants iraniens aussitôt démenties par ces derniers… Dans son discours martial prononcé la nuit dernière lors de son adresse à la nation, le président américain a continué à embrasser ses contradictions, assurant être “en bonne voie pour atteindre tous les objectifs militaires des Etats-Unis d’ici peu, très bientôt” tout en promettant de “frapper de plein fouet pendant deux à trois semaines [jusqu’à] ramener l’Iran à l’âge de pierre”. Identifier les buts militaires américains est donc une gageure, mais une vidéo publiée par chef d’Etat américain le 28 février le voit en énoncer cinq. Leur degré d’accomplissement est variable.

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1 – La destruction des missiles

“Nous allons détruire leurs missiles et raser leur industrie de missiles. Elle sera à nouveau totalement anéantie”, assurait Donald Trump. Un grand nombre de missiles et de lanceurs de missiles ont en effet été détruits par les bombardements américano-israéliens, de même que plusieurs usines les produisant. Cependant, Téhéran n’a jamais cessé de tirer des missiles sur différents objectifs de ses voisins du Golfe persique. Et recourt dans le même temps à des attaques de drones, qui ont récemment détruit un avion américain Awacs sur une base saoudienne. Un danger que ne mentionnait pas le dirigeant américain.

2 – L’anéantissement de la marine

“Nous allons anéantir leur marine”, poursuivait le milliardaire américain. Cette menace semble avoir été en partie concrétisée. Un destroyer iranien a notamment été coulé au large du Sri Lanka par un sous-marin américain, faisant au moins 80 victimes. Le 6 mars, l’amiral américain Brad Cooper affirmait que 30 navires iraniens avaient été envoyés par le fond en six jours.

3 – La destruction des proxys

“Nous allons veiller à ce que les groupes terroristes agissant pour le compte de l’Iran ne puissent plus déstabiliser la région ni le monde, ni attaquer nos forces”, renchérissait Donald Trump. Cette promesse semble être restée un vœu pieux, à en juger par les récentes ripostes des Houthis, basés au Yemen, contre Israël, ou par les tirs de groupes en Irak contre des bases et contre l’ambassade américaines. Attaqué à plusieurs reprises ces dernières années par Tsahal, le puissant Hezbollah libanais, affilié à Téhéran, continue d’être combattu au sol par les troupes israéliennes, lesquelles pourraient, selon les dirigeants israéliens, occuper le sud du Liban.

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4 – Empêcher l’obtention de l’arme nucléaire

“Nous veillerons à ce que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire. C’est un message très simple. Ils n’auront jamais l’arme nucléaire”, promettait Donald Trump. Un objectif qu’il assurait avoir déjà atteint à la suite de la campagne de bombardements menés en juin 2025 – “Les principales installations d’enrichissement nucléaire de l’Iran ont été complètement et totalement éradiquées”, disait-il alors. Mais visiblement non, puisque l’Iran disposerait toujours d’un stock d’uranium enrichi. L’envoi de troupes pour le récupérer a été évoqué, mais une telle opération serait très risquée pour les soldats américains.

5 – La possibilité d’un soulèvement

“Au grand et fier peuple iranien, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est proche. Restez à l’abri. Ne sortez pas de chez vous. C’est très dangereux dehors. Des bombes vont tomber partout. Quand nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il ne vous restera plus qu’à le saisir. Ce sera probablement votre seule chance avant des générations.” Ce plan était celui du chef du Mossad, David Barnea, qu’il a exposé lors d’une visite à Washington en janvier. Mais l’insurrection espérée n’est pas advenue ; au contraire, le régime s’est durci, plus que jamais aux mains de sa frange la plus radicale.

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A la suite du discours de Donald Trump la nuit dernière, Marco Rubio, le secrétaire d’Etat américain, a tenu à rappeler les objectifs américains, qui ne sont pas tout à fait ceux énoncés ci-dessus : destruction de leurs usines d’armement ; de leur marine ; de leur armée de l’air ; anéantir tout espoir qu’ils puissent un jour se doter de l’arme nucléaire. Le leader de l’opposition démocrate au Sénat, Chuck Schumer, n’a pas manqué d’étriller le président, notamment pour son “incapacité à articuler des objectifs clairs”. Le blocage du détroit d’Ormuz est une autre illustration de ces errements, entre volonté de libérer au plus vite ce point névralgique pour l’économie mondiale et intention de s’en laver les mains. Un brouillard bien épais, donc.

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