En ce lundi 9 mars à Moscou, Vladimir Poutine arbore sa mine des bons jours. Il a toutes les raisons d’être satisfait : l’opération Epic Fury, lancée moins de deux semaines plus tôt par Donald Trump et Benjamin Netanyahu contre l’Iran, a fait s’envoler les cours du pétrole. Une aubaine pour le maître du Kremlin, dont l’année avait commencé sous de mauvais auspices, entre l’enlisement de son armée en Ukraine et une économie au bord de l’asphyxie. Alors, entouré ce jour-là au Kremlin des patrons des principales compagnies pétrolières et gazières du pays, le président russe savoure sa bonne fortune. “Si les entreprises et les acheteurs européens décident soudainement de changer d’orientation et de nous proposer une coopération stable et de long terme, sans aucune pression politique…nous serions ravis”, lance-t-il, sûr de son effet. Quatre jours plus tard, Washington annonce un assouplissement temporaire des sanctions visant le pétrole russe pour stabiliser le marché.
Pour Poutine, l’espoir renaît, alors qu’une crise aiguë couvait dans l’économie russe. En janvier et février, les recettes liées à la vente d’hydrocarbures – qui pèsent pour près d’un quart du budget – avaient fondu de 47 % par rapport à la même période l’année précédente. La faute à un marché surapprovisionné et aux sanctions, qui forçaient Moscou à vendre son brut à prix cassés. Les calculs sont vite faits : le budget russe pour 2026 a été bâti avec l’hypothèse d’un baril à 59 dollars. En dessous de ce seuil, la Russie compense en piochant dans son fonds souverain (qui fondait dangereusement ces derniers mois). A l’inverse, au-dessus, le budget devient excédentaire. Or, le 19 mars, le baril de brut russe de l’Oural se négociait à 110 dollars.
Poutine a donc tout intérêt à ce que la guerre au Moyen-Orient se prolonge encore un peu. “Le scénario idéal de Moscou n’est ni une victoire rapide ni une escalade catastrophique, mais un conflit d’une durée et d’une intensité modérées qui maintienne les prix du pétrole à un niveau élevé sans perturber de manière significative l’économie mondiale”, jauge Alexandra Prokopenko, chercheuse au Carnegie Russia Eurasia Center. Un scénario dont Moscou a un besoin vital. Car, plus de quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, “la situation financière et économique de la Russie est en train de se détériorer rapidement”, résume Ivan Klyszcz, chercheur à l’International Centre for Defence and Security (ICDS) de Tallinn. Les dépenses militaires ne cessent d’augmenter, et ses recettes diminuent. Selon les chiffres publiés par le gouvernement russe, la guerre en Ukraine a coûté 5,1 points de PIB au pays en 2025.
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