Les prix à la pompe ne sont que la partie émergée de l’iceberg économique créé par la guerre au Moyen-Orient. Avec l’enlisement du conflit, de nombreux secteurs s’inquiètent de ses conséquences sur leurs activités.
L’un des premiers à avoir souffert est logiquement celui des compagnies aériennes. Qatar Airways a dû annuler 91% de ses vols sur le mois écoulé, relève Cirium, spécialiste des données aériennes. Les frappes sur les aéroports de la zone, comme celle sur celui de Dubaï, entravent toute la circulation aérienne puisqu’ils sont devenus depuis une décennie des hubs de correspondance entre différents continents.
Ainsi, même si les compagnies basées au Moyen-Orient ne pèsent que pour 9,5% des vols mondiaux, l’ensemble des compagnies mondiales pâtit du conflit. D’autant plus qu’avec l’explosion du kérosène, qui a doublé depuis le début du conflit, les surcoûts s’enchaînent. La société scandinave SAS a par exemple annulé plus de 1.000 vols car la facture en carburant n’était pas tenable.
Une chute du tourisme, même en Europe
Cette flambée du carburant touche aussi le secteur maritime, qui prend 80% des marchandises échangées dans le monde. Si les liaisons Asie-Amérique sont peu affectées, les lignes Asie-Europe et Asie-Afrique, qui empruntent la zone d’Ormuz ou la mer Rouge ou les utilisent comme zones de déchargement, sont les plus touchées, souligne Cyrille Poirier Coutansais, du Centre d’études stratégiques de la marine.
Ainsi, 14 porte-conteneurs de l’armateur français CMA-CGM sont bloqués dans le détroit d’Ormuz. Ses concurrents Maersk et MSN ont plusieurs navires dans la même situation. Et des centaines de navires commerciaux doivent se dérouter, par exemple en faisant le tour de l’Afrique, trajet considérablement plus long.
Dans ce climat de tensions, les touristes désireux de visiter le Moyen-orient prennent logiquement plus de précautions. Oxford Economics estime que le tourisme dans la région pourrait chuter jusqu’à 27% en 2026, alors qu’une croissance de 13% était initialement prévue. Le luxe pourrait alors en faire les frais, alors que des analystes estiment que les ventes dans le secteur pourraient être divisées par deux sans touristes acheteur.
Le prix des engrais inquiète les agriculteurs
Mais l’effet inverse s’applique aussi: les résidents de ces pays risquent de ne pas prendre l’avion pour rallier l’Europe. Le conflit pourrait ainsi coûter 116 millions de visiteurs dans le monde, avec le Portugal (-15,4% de revenu par chambre) et l’Irlande (-23,5%) en cibles principales. La France, moins dépendante de ces touristes, ne perd qu’1% sur cet indice jusqu’à présent.
Plus surprenant, la panique commence à poindre chez les agriculteurs. Plusieurs pays ont stoppé la production de fertilisants, tant le prix du gaz pour les fabriquer a explosé. Le prix des engrais, dont 30% viennent de la région du Golfe, flambe en conséquence et pourrait se répercuter chez les agriculteurs.
La plupart avait des stocks pour les cultures en cours mais se trouvent face à un risque de pénurie pour les semis de printemps. En réaction, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, a annoncé un grand plan engrais pour venir en aide aux plus touchés.
La situation est encore plus tendue sur les autres continents, où les variations de prix sont encore plus difficiles à assumer. Autres postes de dépenses massifs, le gazole, utilisé pour les tracteurs et bateaux, mais aussi le gaz, nécessaire au chauffage des serres ou des bâtiments d’élevage.
Pour aller plus loin : Egypte, Turquie, Liban… 4 Français sur 10 pourraient bouder le Golfe et modifier leurs vacances à cause de la guerre au Moyen-Orient (notamment pour visiter la France)
