Aucun être humain n’avait été aussi loin. Les quatre astronautes d’Artemis-2 ont battu, lundi 6 avril à 20 heures (heure de Paris), le record de distance d’éloignement de la Terre, établi jusqu’ici à 400 171 kilomètres. Le précédent record avait été réalisée par l’équipage d’Apollo-13 en 1970.
Les astronautes d’Artemis-2 vont même améliorer ce record en s’aventurant à environ 405 588 kilomètres de la Planète bleue vers 1 h 07 du matin, mardi (heure de Paris).
Après avoir battu ce record, la mission Artemis-2, qui a décollé dans la nuit de mercredi à jeudi, va désormais amorcer à partir de 20 h 45 un vol autour de la Lune. Cela constitue là aussi une première depuis plus de cinquante ans. Pendant sept heures, la Lune sera plein cadre dans le hublot du vaisseau Orion, dans lequel ont pris place trois Américains – Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch –, et un Canadien – Jeremy Hansen. Elle leur apparaîtra aussi grande qu’« un ballon de basket tenu à bout de bras », avait décrit, à l’Agence France-Presse (AFP), Noah Petro, responsable du laboratoire de géologie planétaire de la NASA.
Ils voleront derrière la Lune et découvriront sa face cachée, celle qui n’est jamais visible depuis la Terre. Les fenêtres d’Orion étant petites, les astronautes se relaieront par équipe de deux toutes les cinquante-cinq à quatre-vingt-cinq minutes pour faire leurs observations.
Les astronautes devraient observer, entre autre, la Mare orientale, une mer lunaire d’environ 320 kilomètres de diamètre qui se situe au milieu d’un large bassin d’impact vieux de 3,8 milliards d’années, sur la face cachée de la Lune, puis le cratère de Hertzsprung, grand d’environ 570 kilomètres. Au total, ils devraient observer et photographier 30 sites différents.
Leurs descriptions orales ainsi que leurs notes et photographies – trois appareils photo Nikon ont été embarqués – devraient permettre de former les astronautes des futurs missions Artemis qui se dérouleront sur le sol lunaire. Les quatre membres de l’équipage se sont préparés pendant presque trois ans en s’entraînant à reconnaître des formations géologiques et à les décrire avec précision aux scientifiques ici-bas, en particulier les teintes brunes ou beiges du sol.
« Bonjour Artemis-2, ici Jim Lovell »
Pour marquer ce jour historique, la NASA a diffusé aux quatre astronautes un message de James Lovell, pionnier des missions Apollo-8 et Apollo-13, enregistré quelques mois avant sa disparition, en 2025. « Bonjour Artemis-2, ici Jim Lovell, astronaute d’Apollo. Bienvenue dans mon ancien quartier ! », a-t-il lancé, racontant ensuite son expérience.
« Lorsque Frank Borman, Bill Anders et moi avons orbité autour de la Lune à bord d’Apollo-8, nous avons offert à l’humanité sa première vision rapprochée de la Lune, une image qui a inspiré et enflammé les esprits du monde entier », a-t-il déclaré, confiant sa fierté « de leur passer le flambeau » et leur donnant même un conseil : « Je sais que vous allez être très occupés, mais n’oubliez pas de profiter de la vue. »
Si les pionniers d’Apollo étaient passés à une altitude de 110 kilomètres, Artemis-2 restera bien plus loin, à environ 6 550 kilomètres du sol lunaire, en raison de sa trajectoire. A cette distance, les astronautes bénéficieront néanmoins d’une vue complète du disque lunaire, y compris de la région des pôles.
Leur passage derrière la Lune devrait entraîner une interruption des communications avec la Terre d’environ 40 minutes, entre 0 h 44 et 1 h 25 (heure de Paris). Leur survol leur permettra aussi d’assister à une éclipse solaire – le Soleil disparaissant derrière la Lune – et à un coucher puis à un lever de Terre derrière la Lune.
