L’énigme Boris Vallaud, le face-à-face avec Olivier Faure : au PS, la guerre fait rage

Courant 2023, deux socialistes se couchent tard, ils parlent d’avenir à la buvette de l’Assemblée. Philippe Brun, jeune député de l’Eure, cherche un espoir ; il croit voir la lumière. Boris Vallaud, son président de groupe, pourrait être “un nouveau Jospin”. “Il faut que tu te prépares pour 2027”, lui glisse-t-il. Trois ans plus tard, le chemin est sinueux mais le conseil a infusé. Le Landais publiera un livre sur la “démarchandisation”, l’idée phare qu’il a théorisée. Une façon, confiait-il en petit comité, “d’être dans le débat” à l’approche de l’échéance suprême.

Entre-temps, le sous-préfet, devenu patron de la minorité de blocage au parti, goûte à la vie d’apparatchik. Dans son désir assumé de torpiller la primaire unitaire, dans sa volonté inavouable d’ensevelir les songes présidentiels d’Olivier Faure, il est devenu un adversaire de son ancien allié. Et un acolyte très utile aux contempteurs historiques du premier secrétaire. “Sors de la tambouille, commence à parler aux Français, fais ton récit”, lui a pourtant conseillé une députée qui l’a soutenue au dernier congrès.

Mais au Parti socialiste, à force d’hésitations stratégiques, un congrès dure 100 ans. Les alliances entre insoumis et socialistes entre les deux tours des élections municipales ont ravivé un débat éternel. En dénonçant le “manque de clarté” de la direction du PS, en voulant substituer à la primaire une coalition de la gauche plurielle, Boris Vallaud est devenu tributaire d’intérêts convergents. “Il utilise les désirs des uns et des autres pour se mettre en situation”, analyse Jean-Christophe Cambadélis. Tous, au sein des “anti-fauristes” plaident pour qu’un socialiste soit désigné en interne pour l’élection présidentielle, une requête de longue date du Landais. Les proches de “Boris” pensent à Vallaud. Mais, le temps de quelques bureaux nationaux, le président de groupe n’a pas fédéré un bouquet de roses ; plutôt un panier de crabes.

Combien d’écuries présidentielles contiennent les troupes réunies autour de Nicolas Mayer-Rossignol, lors du dernier congrès ? Les amis d’Olivier Faure aiment accréditer la thèse selon laquelle Vallaud servirait, au mieux, à défricher le terrain pour les vraies étoiles de la galaxie sociale-démocrate. “Qui imagine une seule seconde Hollande ou Glucksmann laisser la voie libre à Boris ?”, interroge faussement Luc Broussy. En temps de crise, la politique n’a pas toujours besoin d’être subtile.

Boris Vallaud est un unitaire, pour qui l’aurait oublié. L’homme souhaite réunir, au gré d’un projet partagé et d’un pacte législatif, le même périmètre qu’Olivier Faure – de “Glucksmann à Ruffin” répètent ad nauseam ses amis. Une divergence non négligeable avec l’ancien essayiste et le dernier président socialiste : les deux n’ont aucune confiance en la direction écologiste, encore moins d’atomes crochus avec les anciens insoumis. Le Landais organise quelques rencontres depuis le mois de février, réunissant, en plus de la société civile, tout ce que les partis de gauche comptent d’opposants à leur direction. La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, le sénateur écologiste Yannick Jadot, Raphaël Glucksmann, entre autres, tentent d’organiser un chemin alternatif au “pacte Tondelier-Faure”. “On évite le sujet du candidat, car autour de la table, les gens n’ont pas les mêmes ambitions”, sourit Emmanuel Maurel, présent aux agapes.

Que veut Boris Vallaud, en son for intérieur ? Ses âmes damnées brouillent parfois le message du président de groupe. Souhaite-t-il être candidat socialiste à l’élection présidentielle ? Veut-il surtout déloger le patron du Parti socialiste de son trône de premier secrétaire ? Olivier Faure en est convaincu, l’intéressé “joue le parti” avant tout, poussé par celui que ses proches qualifient de “mauvais génie”, le sénateur Alexandre Ouizille.

Aux “Rencontres de la sociale-écologie”, à Montreuil le 11 avril, Olivier Faure et Boris Vallaud auront l’occasion de montrer, à ciel ouvert, l’étendue de leurs désaccords stratégiques. La gauche se parlera à elle-même. Voilà quelques mois que Philippe Brun s’arrache les cheveux, fatigué de ces deux hommes dont il a été proche. Persuadé que “la gauche peut gagner”, le trentenaire “en veut à cette génération de ne pas se préparer sérieusement”. Pendant ce temps, ce même samedi, François Hollande est l’invité d’honneur du Grand débat des Gracques, le think tank social-libéral. Le thème du colloque, centré autour de l’enjeu présidentiel, “Chronique d’une catastrophe annoncée ?”, ne s’invente pas.

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