La longue et paradoxale renaissance de Manchester

Souvent citée comme modèle de reconversion, Manchester est devenue en trente ans un laboratoire des politiques urbaines postindustrielles. Dévolution, stratégie métropolitaine, attractivité économique : les ingrédients du rebond sont connus. Leurs effets sociaux, eux, restent largement débattus.

« De cet égout immonde coule de l’or pur », écrit Alexis de Tocqueville à son retour de Manchester. Lorsque l’auteur se rend dans la grande ville du nord de l’Angleterre, la révolution industrielle est à ses balbutiements en France. Mais il voit déjà, dans la trajectoire de Manchester, une idée de la destinée de certaines villes de l’Hexagone : « Levez la tête, et tout autour de cette place, vous verrez s’élever les immenses palais de l’industrie. Vous entendrez le bruit des fourneaux, les sifflements de la vapeur. » La capitale historique du textile est le cœur battant de l’ère moderne britannique, appuyée par les exportations de cotons venus des colonies esclavagistes.

Pour la France, il y a peut-être autant à apprendre de Manchester à l’aube de son ère industrielle qu’à l’orée de son époque postindustrielle. Car les fourneaux, les usines manufacturières, les péniches en chalandages sur le canal et les sifflements de vapeur sont désormais des objets de musée. La métropole a subi un déclin terrible au cours de la seconde partie du XXe siècle. La ville a connu un point bas économique et démographique à la fin des années 1980. Auparavant, elle avait perdu un quart de son emploi manufacturier durant la seule décennie 1965-1975. Depuis lors, elle se réinvente à marche forcée, tentant à tout prix de faire mentir Tocqueville.

De l’industrie aux services

Que reste-t-il de l’époque industrielle dans le centre-ville de la métropole ? Au détour des artères majeures, on devine les immenses ouvrages d’art en briques ; viaducs et ponts qui enjambent les canaux et les routes, servant autrefois au fret et désormais au transport de passagers. Il reste également de vieux hangars, d’anciens entrepôts de cotons réaménagés en plateaux ouverts, studios de télévision ou lofts.

Si la brique domine encore, dans l’ensemble, le centre-ville n’a plus rien d’un décor de Peaky Blinders. Aux côtés de l’architecture victorienne des bâtiments bourgeois, s’entremêlent des tours en acier modernes, des immeubles végétalisés. Compte tenu de cette impressionnante évolution, il est peu étonnant que l’ambassade du Royaume-Uni ait organisé fin mars une visite de la ville à une délégation de journalistes français, à laquelle La Tribune a pris part.

Source link

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *