La dette française dans la nasse du détroit d’Ormuz

Combien de temps va durer le blocage du détroit d’Ormuz ? Quand donc les 3 000 navires coincés depuis le début de la guerre seront-ils libérés, et la voie de navigation – une des principales artères de la mondialisation –, rendue de nouveau praticable ? Signe du pessimisme ambiant, sur la plateforme Polymarket, où l’on peut parier sur à peu près tout, jamais les chances de réouverture du détroit n’ont été aussi minces : alors que début mars, près de 77 % des parieurs misaient sur un retour à la normale d’ici fin avril, ils étaient, ces derniers jours, 83 % à ne plus y croire.

De quoi donner des sueurs froides au gouvernement, qui ne peut que constater les effets délétères du nouveau choc pétrolier sur l’économie du pays. Etiolement de la croissance, remontée du chômage, recettes fiscales en berne, pouvoir d’achat amputé : si le conflit perdure, la crise risque de s’étendre à tous les étages de la maison France. Avec, et c’est une première, l’absence totale de marges de manœuvre de la part d’un Etat-cigale, qui se trouve fort dépourvu, ayant chanté l’hymne du quoi qu’il en coûte durant tout l’après-Covid.

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A Bercy, on l’a compris : plus question de sortir les chéquiers, car cette fois-ci le pays est sur la paille. Les économistes qui, hier, entonnaient l’air de l’argent magique n’étaient que des charlatans : il aura suffi d’une bise venue du Proche-Orient pour provoquer une poussée de fièvre des taux d’intérêt. “Argent trop cher”, s’époumonait le groupe Téléphone dans les années 1980. C’est le drame de la France, confrontée à un Himalaya de dette publique qui ne cesse de grandir (150 milliards d’euros supplémentaires en 2025, autant cette année), alimenté par des déficits publics abyssaux et une charge de la dette devenue incontrôlable (60 milliards d’euros en 2025, 120 milliards en 2030 selon Rexecode).

Voilà où nous en sommes, mais chut… Surtout, ne pas inquiéter les Français ! On a même entendu Bercy se réjouir du déficit en 2025, établi à seulement 5,1 % au lieu des 5,4 % programmés. La belle affaire : faut-il rappeler que le pays est devenu le plus mauvais élève de la classe européenne ? Cette apparente amélioration budgétaire provient d’abord de la ponction fiscale toujours plus forte, tandis que les dépenses publiques, elles, sont inarrêtables. Au point que le prochain budget, que prépare déjà le gouvernement Lecornu, semble mission impossible. Les vraies réformes pour purger les comptes publics, absentes des deux mandats de Macron, restent à accomplir.

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Elles doivent viser la retraite et la santé. “Tant qu’on ne traite pas ces deux sujets, on ne parviendra pas à remettre de l’ordre dans les finances publiques”, prévient Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode. Relever l’âge de la retraite et transformer en profondeur le système de santé : voilà deux mesures sérieuses pour un programme présidentiel. Mais un candidat à l’Elysée doit-il être sérieux pour être élu ?

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