« Je ne suis pas la voleuse du siècle » : jugée pour fraude fiscale mercredi 1er avril à Paris, Isabelle Adjani s’est décrite devant la cour d’appel comme « une proie », « victime d’escroqueries successives ». « Je vais être honnête, je n’ai jamais rempli une fiche d’impôt. Et heureusement, car ça aurait été désastreux (…) J’ai la phobie des papiers », a expliqué l’actrice, la voix serrée, à la barre.
L’artiste de 70 ans a déjà été condamnée en 2023 à deux ans d’emprisonnement avec sursis et 250 000 euros d’amende pour s’être fictivement domiciliée au Portugal en 2016 et 2017 et avoir dissimulé une donation en prêt en 2013. « Mes affaires, je les ai confiées à des gens pour qu’elles soient gérées en bonne et due forme », a-t-elle affirmé, rejetant la faute sur ses conseillers fiscaux.
Mais aussi sur ceux qui l’ont, selon elle, trompée : l’un des gérants de sa société Isia Films et son ancien compagnon, le médecin Stéphane Delajoux, qu’elle accuse à la barre « d’avoir euthanasié sa mère ». « J’ai tout payé pour lui et sa famille. Il a été condamné pour escroquerie, mais j’ai cru qu’il était victime d’une conspiration dans son propre milieu, comme moi en 1987 avec le sida [une fausse rumeur la prétendait malade]. »
« Vous jouez de malchance »
Face à l’incapacité de l’actrice à estimer le montant de ses impôts (environ 455 000 euros en 2023) la présidente, Pascaline Chamboncel-Saligue, résume : « Vous avez d’autres priorités que le financier. » Très émue, Isabelle Adjani l’admet : « Je suis la proie idéale et j’ai horreur de vous le dire. »
« Vous aviez pourtant un conseiller fiscal ? », lui demande l’avocat général, Laurent Couderc. « Je n’ai pas été capable de jauger de sa virtuosité en la matière », répond-elle. « Vous jouez de malchance », poursuit-il. « Je ne vous le fais pas dire », enchaîne-t-elle.
Domiciliée à Carcavelos, au Portugal, l’actrice explique avoir « toutes ses affaires au Portugal » mais « ne pas être ancrée », ni « confinée à résidence ». « Il est évident qu’elle était résidente en France avec une résidence non habituelle au Portugal », a fait valoir Me Ralph Boussier, l’avocat de la direction générale des finances publiques (DGFiP).
« Toute la vie fiscale de Mme Adjani est un habillage permanent, on saute d’une dette à une autre, de gentils donateurs vous donnent un appartement gratuit ou 2 millions d’euros », a-t-il ajouté.
Au sujet des 2 millions d’euros versés par l’homme d’affaires Mamadou Diagna Ndiaye, l’actrice dément avoir cherché à masquer une donation pour échapper à 1,2 million d’euros de droits de mutation. « Je savais que j’avais du temps pour le rembourser, il m’a fait un avenant, il m’a libérée de l’obsession de le rembourser car il n’avait pas besoin que ce soit rapide. » « Je le rembourserai jusqu’au dernier centime », a-t-elle répété.
« Je ne vais jamais contourner l’impôt et me retrouver dans une situation d’illégalité, pour quoi faire ? Je n’ai pas l’intelligence de la manœuvre des escrocs », a assuré l’actrice. L’audience reprendra jeudi après-midi avec les réquisitions et les plaidoiries de la défense.
