Iran : le détroit d’Ormuz toujours fermé et sous le contrôle de Téhéran, malgré le cessez-le-feu

Une trêve qui n’en a pas l’air. Si le cessez-le-feu en Iran avait pour objectif de rouvrir le détroit d’Ormuz, Téhéran maintient toujours son emprise sur l’une des voies navigables les plus empruntées au monde. Alors que l’accord de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran prévoyait l’arrêt des bombardements américains contre une réouverture du détroit, ce dernier est, en réalité, toujours aussi compliqué à franchir. Mercredi, seuls quatre navires ont été autorisés à le traverser, le plus petit total du mois d’avril, contre 11 la veille. En moyenne, 140 bateaux empruntaient chaque jour ce passage stratégique avant le conflit.

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Une chute du nombre de traversées liée à la crainte des transporteurs mais surtout aux exigences iraniennes. Les bateaux qui souhaitent traverser doivent se coordonner avec le corps des Gardiens de la révolution. “L’Iran doit surveiller ce qui entre et sort du détroit pour s’assurer que ces deux semaines ne sont pas utilisées pour transférer des armes”, a affirmé Hamid Hosseini, porte-parole de l’Union iranienne des exportateurs de pétrole, de gaz et de produits pétrochimiques, au Financial Times, mercredi. Mais le régime a également décidé de mettre en place un péage. Le prix fixé dépend de la taille du navire et peut aller jusqu’à 2 millions de dollars par pétrolier, payés en crypto-monnaie ou en yuan chinois.

La crainte des armateurs

Mais même avec une autorisation iranienne, le détroit d’Ormuz reste difficile à franchir. Les Gardiens de la révolution ont annoncé, jeudi 9 avril, que les navires devaient emprunter deux routes alternatives, proches des côtes iraniennes, plus précisément de l’île de Larak, afin d’éviter les potentielles “mines” installées sur le passage habituel, plus au large. Faciles à installer mais compliquées à détecter, ces engins explosent au contact de la coque.

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Face à ces menaces, les armateurs restent prudents et préfèrent attendre plutôt que de prendre le risque de traverser. “Le cessez-le-feu peut créer des opportunités de transit, mais il n’offre pas encore une certitude maritime totale”, a affirmé le Danois Maersk, la deuxième plus grande compagnie maritime au monde. “Nous trouvons tous que la situation est très fragile et nous voulons vraiment de bonnes garanties que rien ne se passera avec ces navires en transit”, a déclaré Erik Hanell, le directeur général de la compagnie de transport pétrolier Stena Bulk.

Le risque d’un précédent

D’autant que la mise en place d’un péage pourrait créer un précédent dans le détroit. Une situation que les pays pétroliers du Golfe ne voient pas d’un bon œil. “Autoriser l’Iran à exercer toute forme de contrôle sur le détroit serait une ligne rouge”, a affirmé auprès du FT Ali Shihabi, observateur des questions internationales proche de la famille royale saoudienne. “La priorité doit être l’accès sans entrave à travers le détroit.” Si Donald Trump affirme sur les réseaux sociaux que l’accord de cessez-le-feu prévoyait une “ouverture complète, immédiate et sûre” du détroit d’Ormuz, il a également affirmé qu’il pensait à créer une “coentreprise” avec l’Iran pour facturer les passages.

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Un paradoxe alors que les compagnies pétrolières plaident auprès de la Maison-Blanche pour une réouverture rapide du passage, selon Politico. Mercredi matin, les représentants de l’industrie ont rencontré le personnel administratif supérieur du département d’État pour défendre leurs intérêts. Ils craignent notamment que des pays comme Singapour et la Turquie imposent à leur tour des frais de passage sur les routes commerciales comme les détroits de Malacca ou du Bosphore.

Pour Téhéran, la mainmise sur Ormuz lui permet de conserver un axe de pression sur la situation. Quelques heures après l’annonce du cessez-le-feu avec les États-Unis, l’Iran a finalement fermé à nouveau le détroit en réponse aux intenses bombardements israéliens au Liban, qui ont fait au moins 112 morts et 837 blessés.

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