Guerre en Iran : “The Deal”, la série qui nous ramène à une époque où la paix se négociait encore

The Deal, la série de six épisodes du réalisateur suisse Jean-Stéphane Bron, est inspirée de faits réels, ceux qui se sont déroulés entre le mois d’avril et le mois de juillet 2015, en Suisse, et qui ont abouti à la conclusion de l’accord sur le nucléaire iranien. Avec la coïncidence entre les faits actuels et le scénario de cette série, on pourrait dire qu’elle est prémonitoire, à sa manière, inspirée de faits qui ne pourront plus se dérouler aujourd’hui. On regarde donc The Deal avec la nostalgie d’un temps où on négociait une paix certes introuvable mais qui n’était pas la guerre.

Après un premier épisode nécessaire à l’acceptation des invraisemblances, le plaisir innocent et grandissant que l’on prend aux épisodes suivants, on le compare au plaisir coupable et déclinant que l’on prend depuis un mois devant les chaînes d’info en continu qui nous enferment, nous étranglent avec leurs boucles infernales d’images morbides, et avec notre consentement fasciné.

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Parmi les libertés amusantes prises par les scénaristes de la série, ce n’est pas à Genève mais à Lausanne et dans beaucoup d’autres lieux que ces négociations se sont déroulées, notamment à Vienne où l’accord a été signé le 14 juillet 2015. Pour simplifier encore, les scénaristes ont supprimé les délégations française, allemande et britannique, afin de laisser toute sa place à l’histoire d’amour sans laquelle rien n’aurait fonctionné, et tout serait devenu documentaire. On a donc imaginé une diplomate suisse, Alexandra Weiss, interprétée par Veerle Baetens, qui a un petit côté Claire Danes (Homeland) mâtiné de Keri Russell (La Diplomate) : nervosité contenue et fragilité inébranlable.

Notre Alexandra est amoureuse de Payam Sanjabi (Arash Marandi), jeune physicien nucléaire iranien qu’elle a connu à Téhéran où elle était en poste et dont elle était sans nouvelles depuis un an. Le salaud avait disparu ? Non, il passait son temps à se faire taper dessus au fond des salles de tortures de la prison d’Evin d’où il vient d’être exfiltré sur l’ordre de Mohsem Mahdavi (Anthony Azizi) ministre iranien des Affaires étrangères en charge de la négociation avec les Américains. En bisbille avec les Gardiens de la révolution qui veulent la bombe atomique, Mahdavi a profité de l’élimination par le Mossad du précédent physicien nucléaire iranien pour faire libérer Sanjabi. En le voyant débarquer, tout fringant, dans ce palace de Genève, Alexandra n’en croit pas ses yeux. Nous non plus. Mais comme je l’ai dit, on s’en fiche un peu du nucléaire iranien, on sait que les Israéliens sont convaincus de la mauvaise foi des Iraniens qui ne souhaitent qu’une seule chose, balancer une bombe atomique sur Tel-Aviv. On sait aussi qu’on ne saura jamais si les Iraniens avaient vraiment l’intention, le projet, de fabriquer cette bombe, et s’ils y seraient parvenus et s’ils l’auraient effectivement balancée sur Israël.

En fait, tout le monde se sert de cette bombe atomique comme d’un couteau sans manche. Bref, ce qui nous intéresse et nous fait magnifiquement palpiter, c’est de savoir si Alexandra va réussir à tirer son chéri des griffes des Gardiens de la révolution. Il devra aussi échapper au Mossad qui continue sa campagne d’élimination des physiciens nucléaires iraniens et sont bien décidés à régler le sort de Sanjabi, dissident ou pas dissident. Amusant de voir comment le Mossad a entièrement truffé le palace de micros, de caméras, de femmes de ménage, de touristes : c’est Tintin à Genève. J’aime beaucoup Andrew Porter (Sam Crane), le représentant du département du Trésor américain, qui n’a rien d’autre à faire que de se laisser piéger par une fausse prostituée locale qui lui siphonne son portable pendant son sommeil… OSS 117 Washington ne répond plus. Et pourtant on y croit. Parce qu’il suffit de regarder Donald Trump, le lieutenant-colonel Ebrahim Zolfaghari, Poutine et Netanyahou pour comprendre que tout ça est sérieux : les guignols ont pris le pouvoir.

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