Et si “Fureur épique” se transformait en “Fiasco épique” pour Donald Trump ? C’est la petite musique qui monte en ce moment à Washington chez certains analystes et journalistes américains prompts à souligner le caractère aventureux de l’offensive militaire. Paradoxalement, le locataire de la Maison-Blanche, qui vante en permanence les réussites du Pentagone, n’a toujours pas réussi à décrocher un trophée de guerre lui permettant de sortir la tête haute du conflit. Car sur le terrain, les résultats sont pour le moment mitigés.
Certes, les capacités militaires de l’Iran ont été considérablement affaiblies et de nombreux hauts dignitaires éliminés. Mais Donald Trump a beau se glorifier d’avoir réussi à “changer le régime”, les Gardiens de la révolution sont toujours aux commandes de la conduite de la guerre et de l’Etat ; les fameux 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % dont dispose l’Iran sont encore dans la nature ; et le goulet d’étranglement du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, n’a jamais été pire guêpier pour la communauté internationale…
Au pied du mur, le président américain semble donc aujourd’hui plus proche d’enclencher une escalade en envoyant des troupes au sol que de renvoyer les GI’s à la maison au terme d’un accord avec le régime iranien, passé maître dans l’art de jouer la montre. Même si, Trump en a conscience, la prise de l’île de Kharg, ou d’autres positions dans la région, serait lourde de risques et de difficultés logistiques.
Redessiner le Moyen-Orient
De son côté, son allié, Benyamin Netanyahou n’a, jusqu’à preuve du contraire, aucune intention de mettre fin prochainement à l’opération “Rugissement du Lion”. Le Premier ministre israélien, poussé par sa frange la plus messianique, bénéfice d’un soutien de près de 80 % de la population, selon des sondages récents. Engagé sur de multiples fronts en même temps, il sait aussi que l’occasion de redessiner un Moyen-Orient plus favorable à ses intérêts ne se représentera pas de sitôt. Ses voisins sunnites du Golfe, qui ont subi de violentes représailles de Téhéran, rêvent désormais aussi d’une région débarrassée d’un régime imprévisible qui nuit à leur business model. “MBS souhaite que Donald Trump termine le travail. Il ne veut pas se retrouver à proximité d’un Iran humilié mais animé d’un esprit de revanche”, assure Karen Elliott House, biographe du prince héritier saoudien.
Le troisième belligérant, Téhéran, est, lui, prêt à entrer dans une nouvelle phase de ce conflit asymétrique auquel il s’est préparé depuis des décennies. Une forme de “guérilla” d’usure qui s’inscrit dans l’ADN de ce régime qui joue sa survie existentielle. On voit donc mal ce qui pousserait Téhéran à capituler alors que le blocage d’Ormuz fait aujourd’hui peser un coût exorbitant sur les épaules de l’ennemi américain. “Les trois acteurs sont pris dans une spirale d’escalade à la fois dangereuse et instable, chacun jugeant qu’elle sert mieux, à court terme, ses intérêts stratégiques et géopolitiques qu’un compromis ou un repli”, estime Mohammad Zahid, chercheur spécialiste du Moyen-Orient à Rasanah, un think tank basé en Arabie saoudite.
Si l’Iran de 2026 est encore loin d’être un vrai bourbier militaire pour les Américains, contrairement aux opérations passées en Vietnam ou en Afghanistan, les jalons d’une déstabilisation profonde et durable du pays ont été posés. Quoi qu’il arrive, Donald Trump en portera la responsabilité. Qu’il se retire du conflit ou l’accélère, aucune option ne lui offre d’issue politiquement satisfaisante.

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