Au-delà d’un compte à rebours digne d’un mauvais film d’action, la grande question reste : les paroles de Donald Trump seront-elles suivies d’effets ? C’est ce que se demandent autant les géopolitologues confirmés que la population iranienne, qui pourrait en payer le prix fort. L’échéance fixée par le président américain pour que l’Iran accepte ses exigences, sous peine d’une “destruction complète”, approche. L’ex-magnat de l’immobilier a prévenu que le pays pourrait être anéanti “en une soirée” si aucun accord n’était trouvé et que le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert avant ce mardi 20h00, heure de la côte Est américaine, soit mercredi 02h00 heure française.
“À deux reprises Donald Trump a fixé une date butoir pour un accord avec l’Iran, menaçant de bombarder le pays si ses dirigeants ne s’y conformaient pas, et a mis ses menaces à exécution par des opérations militaires”, rappelle le Wall Street Journal, évoquant les frappes de juin 2025 et celles de février dernier. Des intimidations qui n’ont visiblement pas impressionné l’Iran. En réponse au Pakistan, chargé de jouer les médiateurs, Téhéran a rejeté tout cessez-le-feu temporaire tout en réaffirmant la nécessité d’une fin définitive de la guerre, a annoncé lundi l’agence officielle IRNA. Selon Ebrahim Zolfaghari, porte-parole du commandement des forces armées iraniennes, la “rhétorique arrogante” de Donald Trump n’a “aucun effet” sur les opérations de l’armée iranienne.
Déjà sur le terrain, la tension monte, et le ciel s’est chargé de fumée noire au-dessus de l’Iran, comme un avertissement. Ce mardi 7 avril, Téhéran et Israël se sont livrés à des échanges de tirs : “Il y a peu de temps, les forces israéliennes ont effectué une vague de frappes aériennes visant à endommager les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran et dans d’autres régions d’Iran”, a écrit l’armée israélienne sur Telegram. Dans le même temps, Tsahal a exhorté les Iraniens à éviter de voyager en train jusqu’à 21 heures (19h30 à Paris), laissant présager de nouvelles frappes sur le réseau ferroviaire.
Une proposition iranienne rejetée par Washington
Lundi, l’Iran a transmis une réponse en dix points à la proposition de Washington visant à mettre fin à la guerre contre les États-Unis et Israël, selon les médias d’État iraniens. “C’est une proposition importante. C’est un pas important”, a jugé Donald Trump, qui a toutefois balayé : “Ce n’est pas suffisant”. Deux hauts responsables iraniens, s’exprimant anonymement auprès du New York Times sur ces négociations sensibles, ont précisé que la proposition garantissait que l’Iran ne serait plus attaqué, et qu’elle prévoyait la fin des frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban et la levée de toutes les sanctions.
En contrepartie, l’Iran proposait de lever le blocus de facto du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique. Téhéran aurait également imposé une taxe d’environ 2 millions de dollars par navire, à partager avec Oman, pays voisin situé de l’autre côté du détroit. Selon ce plan, le régime des mollahs aurait utilisé sa part des recettes pour reconstruire les infrastructures détruites par les attaques américaines et israéliennes, plutôt que de réclamer une compensation directe. “Certains responsables américains estiment que l’écart entre les positions américaines et iraniennes est trop important pour être comblé avant l’échéance fixée par Trump à mardi 20h”, rapporte le Wall Street Journal.
Les pourparlers sont d’autant plus difficiles que l’Iran se sent également en position de force. Ses médias d’État affirment que le pays a “démontré sa supériorité dans cette guerre”, traduisant la perception iranienne de son rôle central dans les négociations. Les dirigeants semblent renforcés après avoir paralysé la majeure partie du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et abattu un avion de chasse américain F-15E — même si les États-Unis ont réussi à secourir les deux aviateurs. Côté américain, l’escalade n’est pas sans risque : elle pourrait renforcer la détermination iranienne, tandis que Donald Trump sait que l’opinion publique est peu favorable à de nouvelles opérations militaires. La hausse des prix de l’essence menace également les chances des républicains aux élections de mi-mandat de novembre. Comme si la promesse “Make America Great Again” se dissipait sous les bombes.

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