Guerre en Iran : les négociations à Islamabad peuvent-elles vraiment aboutir à un accord ?

Alors que s’ouvrent ce samedi des négociations entre Iran et Etats-Unis au Pakistan, la question est sur toutes les lèvres : ces pourparlers peuvent-ils réellement aboutir à un compromis et permettre de pérenniser le cessez-le-feu ? A ce stade, rien n’est moins sûr, mais les spécialistes de la région pointent déjà plusieurs obstacles. A commencer par un désaccord sur les termes d’un cessez-le-feu.

Les États-Unis exigent des concessions majeures de la part de l’Iran, notamment la remise de son uranium hautement enrichi et son engagement à ne pas se doter de l’arme nucléaire, ainsi que d’autres limitations sur ses capacités militaires. A cela vient s’ajouter le rétablissement du libre passage dans le détroit d’Ormuz et la fin du soutien apporté à ses alliés régionaux comme le Hezbollah.

Désaccords majeurs sur les conditions

De son côté, l’Iran veut obtenir des garanties qu’elle ne sera plus jamais attaquée, qui incluent entre autres le retrait des forces américaines de la région et la fin des attaques contre ses forces supplétives, en particulier la guerre d’Israël contre le Hezbollah au Liban. L’Iran entend en outre poursuivre son programme nucléaire et instaurer un péage pour les navires traversant le détroit d’Ormuz, point névralgique par lequel transite 20 % du pétrole.

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“Des demandes irréalistes”, dignes d’un “canular”, selon Donald Trump, qui prétend, comme la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt, que Téhéran aurait consenti en privé à davantage de compromis. Comme le rappellent les experts, l’Iran pourrait en réalité être prêt à faire des concessions, compte tenu notamment du coût exorbitant de la guerre, qui pèse sur les finances du régime. Côté américain, l’approche des midterms et de la Coupe du monde de football aux Etats-Unis pourrait également pousser Donald Trump à conclure un accord en Iran.

Simple retour au statu quo ?

Reste que quoi qu’ils se disent en privé, les revendications publiques des États-Unis et de l’Iran “sont totalement déconnectées de la réalité”, explique dans les colonnes du New York Times Karim Sadjadpour, spécialiste de l’Iran au Carnegie Endowment for International Peace. D’autant que le démantèlement massif du régime iranien, avec l’élimination de ses plus hauts dirigeants – dont ceux les plus à même de négocier avec Washington -, risque fort de compliquer des négociations déjà épineuses, de l’avis de plusieurs analystes.

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Et le retour au statu quo d’avant la guerre semble quasi impossible. L’Iran exige désormais que les navires notifient ses forces armées avant de traverser le détroit d’Ormuz, une condition qui paraît difficilement acceptable pour Washington. “C’est une mesure dont les Iraniens ne disposaient pas avant le début de la guerre”, analyse Daniel Fried, chercheur à l’Atlantic Council et ancien ambassadeur des États-Unis dans le Time Magazine. “Nous partons donc déjà avec un handicap. C’est problématique. Si votre principal objectif vise ne serait-ce qu’à rétablir le statu quo, vous n’y parviendrez pas.”

Quid de l’échelle régionale ?

Une autre source d’incertitude réside dans la dimension régionale de cette guerre. Quand bien même l’Iran et les Etats-Unis parviendraient à s’entendre, rien ne laisse à penser qu’Israël stopperait ses frappes contre le Hezbollah au Liban, comme l’y oblige déjà pourtant, en théorie, le cessez-le-feu actuellement en vigueur. Les exigences américaines et israéliennes sont en réalité très éloignées.

“Israël est un État à part entière. Il a ses propres intérêts. Le président Trump sera-t-il capable de contenir Israël au Liban ? Je pense que ce sera politiquement bien plus risqué que d’essayer de les contenir face à l’Iran”, confie au Time Brandon Buck, expert en politique étrangère au think-tank américain Cato Institute. D’autant que la plupart des Israéliens – favorables à l’offensive contre l’Iran – sont aujourd’hui mécontents de l’issue de cette guerre, à en croire les derniers sondages.

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“Lorsque Trump et Netanyahou ont lancé la guerre, ils disaient qu’ils préparaient le terrain pour un changement de régime en Iran. Mais si le conflit s’achève sur le cessez-le-feu tel qu’il se présente, c’est un changement de régime en Israël qui se prépare”, résume auprès du Financial Times Aviv Bushinsky, ancien porte-parole de Netanyahou et désormais commentateur politique.

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