Le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a demandé, lundi 6 avril, au parquet européen d’engager « sans délai » d’éventuelles poursuites contre des députés, dont il a demandé la levée de l’immunité parlementaire dans le cadre d’une enquête sur une fraude présumée aux aides agricoles de l’Union européenne.
Affirmant s’adresser au peuple grec « sans détour ni faux-fuyants », dans une déclaration retransmise à la télévision publique ERT, le chef du gouvernement conservateur a insisté sur le fait que la demande de levée d’immunité parlementaire pour onze députés constituait « une évolution sérieuse ». Selon les médias grecs, ces députés sont tous membres de la Nouvelle Démocratie (ND), le parti du premier ministre.
Deux ministres de son gouvernement, également députés, ont démissionné, vendredi, de leurs fonctions en raison de leur implication présumée dans ce scandale qui éclabousse le camp conservateur depuis près d’un an. Au total, quatre membres du gouvernement ont quitté leur poste après le retrait, déjà l’an dernier, d’un ministre.
Selon les médias, leurs deux noms figurent sur la liste des députés dans le viseur de la justice européenne, qui enquête également sur cinq anciens députés, un ancien ministre du développement rural et de l’alimentation, et un vice-ministre du développement rural et de l’alimentation.
Vaste enquête
Le parquet européen mène une vaste enquête sur des détournements présumés de subventions agricoles européennes depuis 2018, qui a déjà conduit à des dizaines d’arrestations. Cette affaire implique des agriculteurs mais aussi des personnes qui se faisaient passer pour des agriculteurs, des responsables politiques et de l’organisme chargé de l’attribution de ces aides, l’Opekepe, aujourd’hui dissout.
Le premier ministre, au pouvoir depuis 2019, a déploré « le fléau des relations clientélistes » en Grèce, « qui pendant des décennies se transmettaient (…) d’un gouvernement au suivant ». Il a dit regretter ne pas avoir « procédé plus tôt à des interventions radicales pour percer l’“abcès” ». « Ces relations clientélistes accompagnent l’Etat grec depuis sa création. C’est l’une des raisons principales du retard de notre pays par rapport à l’Europe », a-t-il fustigé.
Cette affaire a mis sous forte pression le gouvernement alors que les élections législatives, pour lesquelles M. Mitsotakis veut solliciter un troisième mandat, sont prévues l’an prochain. Le principal parti d’opposition au Parlement, le Pasok (socialiste) réclame désormais des élections anticipées.
