Face à la crainte de pénurie de gazole, le gouvernement autorise temporairement la vente de carburant “non conforme” aux normes habituelles

Face à des tensions d’approvisionnement liées à la guerre en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz, le gouvernement autorise temporairement la vente d’un gazole moins résistant au froid. Une mesure d’urgence qui vise à éviter les pénuries, mais qui intervient dans un contexte de flambée des prix à la pompe et fait peser de nouveaux risques sur les automobilistes en cas de températures négatives.

Face à des tensions d’approvisionnement inédites liées à la guerre en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz, le gouvernement a pris une mesure exceptionnelle. Une décision publiée au Journal officiel du 26 mars 2026 autorise, à titre temporaire, la commercialisation d’un gazole “non conforme aux spécifications” ne respectant pas totalement les normes habituelles.

Une dérogation technique qui concerne essentiellment la résistance du carburant au froid.

Le point central de cette décision concerne la température limite de filtrabilité (TLF), un critère essentiel du gazole.

Cette norme détermine la température à laquelle le carburant commence à se solidifier partiellement. En dessous d’un certain seuil, des cristaux de paraffine apparaissent naturellement dans le gazole, pouvant obstruer les filtres et empêcher le moteur de fonctionner.

En temps normal, le gazole distribué en hiver doit rester utilisable jusqu’à -15°C et avec la dérogation ce seuil est relevé à 0 °C.

Autrement dit, le carburant autorisé temporairement devient inadapté dès que les températures passent sous zéro.

Des risques limités mais bien réels

Cette modification n’est pas anodine. En cas de températures négatives, les automobilistes s’exposent à plusieurs problèmes: difficultés, voire impossibilité de démarrag, moteur qui cale en circulatio, et filtre à carburant bouché

Les zones montagneuses et les épisodes de froid tardif sont particulièrement concernés. Conscient de ces risques, le gouvernement impose aux distributeurs d’informer clairement les clients. Ces derniers devront également assumer l’entière responsabilité en cas de dysfonctionnement lié à ce carburant, précise le décret.

Des normes globalement maintenues

Si la résistance au froid est assouplie, les autres exigences techniques du gazole restent inchangées.

Le carburant doit toujours respecter: un indice de cétane suffisant, garantissant une bonne combustion, une faible teneur en soufre, pour limiter la pollution et protéger les moteurs et des critères stricts de propreté et d’absence d’eau, essentiels pour éviter la corrosion.

En résumé, seul le comportement du gazole face au froid est dégradé, les autres performances restant conformes aux standards habituels.

Une mesure d’urgence face à une crise internationale

La décision gouvernementale intervient dans un contexte de forte tension sur les prix des carburants, que certains n’hésitent pas à qualifier de “choc pétrolier”. Si le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a employé ce terme avant de nuancer ses propos, la flambée est bien réelle.

Le gazole, carburant le plus consommé en France, est passé de 1,709 euro le litre fin février à 2,212 euros fin mars, soit une hausse de près de 30% en moins d’un mois. L’essence SP95-E10 augmente plus modérément (+16%), tandis que le superéthanol E85 reste relativement stable, confirmant une évolution des prix à deux vitesses selon les carburants.

Cette explosion s’explique notamment par la dépendance européenne au diesel importé, dans un contexte de perturbations maritimes majeures, mais aussi par des mécanismes fiscaux défavorables au gazole.

Selon Francis Pousse, l’Europe importe jusqu’à 40% de son gazole raffiné, notamment via des routes aujourd’hui fragilisées. Cette situation entraîne une hausse rapide des prix du produit fini sur les marchés internationaux, notamment à Rotterdam.

Pour aller plus loin -> C’est notamment parce qu’il est moins taxé à la base qu’il flambe plus: pourquoi le gazole s’est envolé de 30% en moins d’un mois (deux fois plus que l’essence)

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