C’est un atoll coralien de 600 hectares perdu au large des côtes vietnamiennes et chinoises, qui a longtemps eu l’aspect d’une carte postale idyllique. De récentes images satellites révèlent pourtant sur Antelope reef une activité qui l’a transformé en profondeur et semble correspondre à la construction d’une base militaire chinoise, laquelle serait la plus vaste du secteur : des jetées, un héliport, des bâtiments et une potentielle piste d’atterrissage de trois kilomètres. Le récif se situe dans les îles Paracels, un archipel sur lequel Pékin revendique une souveraineté qui lui est contestée par le Vietnam et par Taïwan. La Chine s’était déjà lancée dans ce genre de projets par le passé – elle possède un autre récif militarisé dans l’archipel, le récif Woody, grand de 360 hectares, et d’autres sur les îles Spratly, plus au sud – au point que cette politique d’expansion avait été surnommée “La grande muraille de sable”. Pékin avait déclaré geler ces travaux en 2015. Ils semblent bel et bien repartis.
Revendications chinoises déboutées
“C’est la première fois depuis longtemps que [les Chinois] se redonnent la possibilité de construire des îles extrêmement grandes et extrêmement rapidement”, a déclaré au Wall Street Journal Harrison Prétat, du Center for Strategic and International Studies, à Washington. Les premières images de travaux remontent en effet au mois de décembre et certaines figuraient jusqu’à 22 dragueurs, en février, occupés à retirer le corail de la lagune intérieure et à pomper les déblais pour les déposer au sommet du récif. L’archipel aurait ainsi été artificiellement agrandi de plusieurs kilomètres. L’expert y voit une réponse aux projets similaires menés dans le secteur par le Vietnam, qui a d’ailleurs réagi en déclarant les constructions sur Antelope reef “illégales”. Pékin s’est emparé en 1974 de l’archipel aux dépens du Vietnam du sud, quelques mois avant qu’il ne tombe face aux assauts de son voisin du nord.
La Chine revendique une souveraineté sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, ce que lui contestent les pays qui la bordent, le Vietnam, donc, mais aussi la Malaisie,les Philippines, Brunei, et ce que ne lui reconnaît pas davantage la communauté internationale. La Cour permanente d’arbitrage de La Haye a d’ailleurs débouté Pékin dans une décision de 2016 et les pays occidentaux prennent soin d’y faire régulièrement passer des navires militaires à leur guise. Ce fut le cas, en septembre dernier, de la frégate anglaise HMS Richmond et du destroyer américain USS Higgins, qui ont traversé la zone située entre Taïwan et la Chine continentale, suscitant la colère de Pékin.
Les Etats-Unis regardent ailleurs
Outre une volonté de renforcer l’emprise chinoise dans le secteur, la construction d’une base militaire sur Antelope reef répond à une logique stratégique. En cas d’attaque sur Taïwan, les bases dans les îles Paracels seraient plus utiles que celles des Spratlys, plus lointaines. “Si l’on envisage un scénario dans lequel la Chine se préparerait à d’éventuelles opérations de très haute intensité, alors le renforcement militaire dans les îles Paracel prend tout son sens”, a déclaré au Wall Street Journal Collin Koh, chercheur à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour. Il estime que le récif pourrait accueillir des navires de guerre, y compris des sous-marins, et peut-être même les nouveaux porte-avions que Pékin prévoit de construire. Les Etats-Unis se sont toujours opposés à la construction de ces bases par la Chine dans le secteur, mais aujourd’hui, les yeux de Washington sont tournés bien plus à l’Ouest, vers le Golfe persique. Ce qui n’a pas échappé à son rival asiatique.

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