Édouard Philippe sur le nouveau livre de Jean-François Copé : « Page après page, il y démonte les méthodes du charlatanisme moderne »

Promesse tenue ! En 2006, Jean-François Copé publiait un ouvrage intitulé Promis, j’arrête la langue de bois. Le moins que l’on puisse dire, à la lecture de son dernier livre, c’est que l’engagement public pris à l’époque est tenu. Rien de surprenant, même si l’opinion semble penser depuis longtemps que les responsables politiques en sont incapables, car pour connaître Jean-François Copé depuis plus de vingt-cinq ans, pour l’avoir pratiqué lorsque j’étais Premier ministre, je peux assurer au lecteur de cette chronique que le maire de Meaux n’est pas du genre à les mâcher, ses mots.

Le monde politique regorge de figures maniant l’éloge empoisonné, l’encouragement hypocrite et la complaisance intellectuelle. Copé, lui, préfère dire les choses franchement, quitte à ce que ça gratte un peu, mais les yeux dans les yeux, et avec un sens de la formule et de l’ironie parfois rude à encaisser. Rien de tout cela n’interdit le respect et la bienveillance, mais la vérité et la conviction priment. Et si la vérité peut faire mal, on n’a jamais rien inventé de mieux pour résoudre des problèmes.

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On retrouve cette exigence de vérité dans son dernier livre, Quand les populistes trahissent le peuple. Et ça gratte. Page après page, Jean-François Copé y démonte les méthodes du charlatanisme moderne, fait de contrevérités, de simplifications outrancières, de références historiques douteuses et de cynisme aux intérêts bien compris, et qui trouve son expression politique dans le populisme. Un charlatanisme amplifié par l’effet démultiplicateur des réseaux sociaux, confinant à l’obscurantisme, qu’il soit scientifique, religieux, politique. Or, comme je me suis efforcé de le démontrer dans un autre livre, tout cela a un prix, « le prix de nos mensonges », ou plutôt un coût : financier (toujours), politique, démocratique, et hélas parfois aussi humain.

S’il y a un endroit en politique où on ne peut pas tricher, c’est dans un hôtel de ville.

Le meilleur antidote au mensonge, c’est la réalité. Et cette réalité, Jean-François Copé la connaît bien en tant que maire de Meaux, ville forte d’un riche passé historique, mais aussi de 40 % de logements sociaux et de 27 nationalités différentes. Une ville qu’il a considérablement transformée, embellie, sécurisée, et dans laquelle, allez savoir pourquoi, il est brillamment réélu depuis 1995. S’il y a un endroit en politique où on ne peut pas tricher, c’est dans un hôtel de ville.

On peut donc accorder au moins autant de crédit que ses électeurs à ce qu’écrit Jean-François Copé, notamment au sujet de nos compatriotes musulmans. Des compatriotes qui, au gré des populismes, sont soit instrumentalisés, soit stigmatisés, mais que l’on n’évoque jamais autrement qu’en les ramenant à leurs origines ou à une religion avec laquelle beaucoup entretiennent des relations contrastées. Beaucoup parlent « des musulmans » comme d’un bloc uniforme ; en général sur les plateaux de télévision ; moins nombreux sont ceux qui parlent « avec » des musulmans ; la plupart du temps, sur le terrain.

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Comme Jean-François Copé, comme des milliers de maires, quand j’échange avec des électeurs musulmans, ceux-ci ne me parlent pas de religion ni de la situation à Gaza, aussi dramatique soit-elle, mais de pouvoir d’achat, d’école, de sécurité, de santé. Et la plupart du temps, ces électeurs veulent ce que nous voulons : de l’ordre, du travail, du sérieux, une bonne éducation pour leurs enfants. On se demande bien d’ailleurs pourquoi ils voudraient autre chose. Jean-François Copé réfute ainsi, et c’est assez rare pour le souligner, l’assignation à résidence politique que les populismes imposent à nos compatriotes musulmans.

Et quitte à gratter un peu, Copé propose une liste des sept péchés capitaux contre la réalité, faite de renoncements intellectuels, de facilités électorales, de myopies collectives qui conduisent à l’égarement en matière de sécurité, d’école, de finances publiques, d’adaptation aux enjeux technologiques ou de faiblesse européenne. L’appel à la lucidité est fondé, comme l’est la réfutation des mirages populistes américain, argentin et italien. Voulant rompre avec « l’abdication de la pédagogie », Copé propose une ligne claire et une méthode simple.

La ligne politique prend la forme d’un plaidoyer contre toutes les tentatives ou tentations d’alliances plus ou moins assumées, de rapprochements ou de complicités plus ou moins implicites avec le Rassemblement national et ses satellites. C’est l’héritage gaulliste et chiraquien qu’il est bon de rappeler et de défendre. Celui qui fut vilipendé pour avoir formulé l’idée d’une « droite décomplexée » s’affirme ainsi, en toute cohérence, comme l’un des opposants les plus fermes à toute tentative d’union des droites. Et l’égalité qu’il formule avec force entre l’extrême droite et LFI devrait inviter la gauche républicaine à la même exigence de son côté.

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L’ordonnance du bon docteur Copé, en forme de méthode, repose sur un mélange de liberté, de responsabilité, de travail et de sérieux. Jean-François Copé est un homme de droite. Il ne se ment pas. Et il ne cherche pas à composer avec ceux qui ne sont pas sûrs de ce qu’ils pensent. La démocratie repose sur l’idée d’un débat public permettant d’éclairer les choix. En dénonçant la trahison du peuple par les populistes et en proposant des jalons sur le chemin du redressement français, Jean-François Copé fait œuvre utile. Et ça, comme disait un grand lecteur, « ça ne peut pas faire de mal »! 

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