Diane Richard, féministe de gauche : “Le militantisme est malade”

Son livre pourrait se lire comme une radiographie des maux qui, ces dernières années, rongent le féminisme. Dans Lutter sans se trahir. Récit d’un féminisme confisqué (Stock), Diane Richard, féministe de gauche et ancienne membre du collectif #NousToutes, analyse, à partir de son parcours, les angles morts et les impensés dont elle a été témoin : de la pureté militante au silence de certaines féministes face aux violences subies par les femmes israéliennes lors de l’attaque du 7 octobre 2023, jusqu’à la hiérarchisation des luttes. Auprès de L’Express, Diane Richard explique pourquoi, selon elle, nous avons tort d’opposer le féminisme “universaliste” et celui “intersectionnel”, et plaide pour un militantisme “sain”. Entretien.

L’Express : Votre ouvrage s’ouvre sur cette phrase : “le militantisme est malade”. Mais malade de quoi ?

Diane Richard : A mon sens, les maladies du militantisme ne concernent pas seulement le féminisme. Le fait de se battre pour une cause implique de faire bloc – contre l’extrême droite, le racisme, etc. – et donc de tenir une ligne officielle. Ce qui parfois, peut pousser à vouloir faire taire toute critique interne, et dériver vers une forme de sectarisme et de “pureté militante”. En clair : il est facile de sombrer dans le refus du compromis et des avis divergents. Dans mon livre, je raconte par exemple comment, au sein de #NousToutes, la perspective de participer à des événements ou d’accepter des subventions de la part d’entreprises jugées capitalistes était absolument inenvisageable.

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Par ailleurs, le fait d’être par définition minoritaire dans la société peut aussi amener à se focaliser sur des choses relativement insignifiantes, comme le choix du bon vocabulaire à adopter, parce que cela nous donne l’impression d’avoir un petit pouvoir. Mais si je devais résumer les principaux maux qui guettent le militantisme, je citerais en priorité le refus du dialogue, de la remise en question, et du désaccord.

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