Crypto : les liens troubles entre la société des Trump et un réseau criminel au Cambodge

Le projet crypto de la famille Trump, World Liberty Financial, est au cœur d’une enquête révélant des liens avec un réseau criminel cambodgien sanctionné par Washington. Entre investissements émiratis opaques et connexions avec des réseaux de blanchiment, la plateforme suscite l’inquiétude des autorités américaines.

Les informations à retenir

Pourquoi le projet crypto des Trump est-il au cœur d’un scandale ?

  • Une enquête du Times et de l’OCCRP révèle des liens entre la plateforme WLFI et le Prince Group, un réseau criminel cambodgien impliqué dans l’esclavage et le blanchiment.

  • L’entreprise dirigée par Eric Trump a collaboré avec AB DAO, une structure promouvant des projets liés à des individus sanctionnés par le Trésor américain.

  • Des élus démocrates et le Sénat s’inquiètent de l’entrée au capital d’un haut responsable émirati à hauteur de 49 % pour 500 millions de dollars.

Les polémiques autour des activités financières de Donald Trump se multiplient. Le projet crypto World Liberty Financial (WLFI), lancé en 2024, est largement contrôlé par la famille Trump. Il fait déjà l’objet de plusieurs enquêtes médiatiques et de pressions politiques aux États‑Unis. Ce mercredi, le quotidien britannique The Times révèle que World Liberty Financial est liée à une entreprise criminelle. Le média d’investigation OCCRP (réseau de journalistes d’investigation sur le crime organisé) avait déjà détaillé les liens entre WLFI, le réseau AB DAO (organisation autonome décentralisée, gérée par code informatique) et un projet de complexe touristique blockchain en Asie du Sud‑Est impliquant des figures sanctionnées par la suite.

La société dirigée par Eric Trump a créé, en novembre, le stablecoin USD1. Cette cryptomonnaie réplique le cours du dollar avec le réseau AB DAO. WLFI a annoncé l’intégration d’USD1 sur la blockchain d’AB DAO quelques jours seulement après les sanctions américaines et britanniques visant le Prince Group. Cela interroge sur la rigueur de la due diligence (audit de conformité et vérification des partenaires).

Or, ces dernières semaines, AB DAO a promu un complexe touristique lié à un groupe criminel. Yang Jian, l’un des hommes derrière ce projet, a été sanctionné par le Trésor américain pour son rôle présumé dans les activités criminelles de Prince Group. Selon des documents cités par l’OCCRP, Yang Jian aurait toutefois cédé ses parts de la structure liée au complexe à un associé dès la mi‑octobre. Ce retrait, intervenu juste après l’annonce des sanctions, complique la traçabilité des responsabilités.

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Cette société opérant au Cambodge est décrite comme un important réseau criminel transnational. Le Prince Group est accusé d’avoir orchestré des escroqueries en ligne à grande échelle, du travail forcé et le blanchiment de milliards de dollars par l’intermédiaire des plateformes crypto. Le groupe fait l’objet de sanctions américaines et britanniques depuis novembre dernier. Les autorités soulignent qu’il reste un acteur central de « l’économie des scams (arnaques en ligne) » au Cambodge malgré ces mesures. Cela renforce la sensibilité de toute interaction commerciale indirecte avec son réseau.

Un groupe qui enchaîne les scandales

Interrogé par The Times, World Liberty Financial a déclaré qu’elle « n’a aucune association ni relation avec les individus sanctionnés ». La société affirme avoir effectué des contrôles de conformité avant de s’associer à AB DAO. Elle soutient n’avoir appris ces liens qu’à la suite des sanctions, moins d’un mois avant les révélations de la presse. Cette défense est contestée par des ONG et des élus américains. Ils estiment qu’un véhicule d’investissement lié au président aurait dû identifier le risque réputationnel et sécuritaire bien plus tôt.

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Cependant, ce n’est pas le premier scandale qui éclabousse l’entreprise de la famille Trump. Dès 2025, plusieurs sénateurs démocrates, menés par Elizabeth Warren, ont demandé au département de la Justice et au Trésor d’enquêter sur WLFI. Ils l’accusent d’avoir vendu ses tokens (jetons numériques) à des acteurs liés à la Russie, à l’Iran, à la Corée du Nord et à des plateformes de blanchiment comme Tornado Cash. En janvier, le Wall Street Journal avait révélé qu’une entreprise soutenue par le conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis (EAU), le cheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan, a discrètement accepté d’acquérir 49 % des parts de WLFI pour 500 millions de dollars. Cet accord a été conclu peu avant le retour de Trump au pouvoir. L’investissement est passé par un véhicule basé à Abou Dhabi, Aryam Investment 1. Il fait du cheikh Tahnoon le plus grand actionnaire extérieur connu de WLFI. Une participation qui soulève un risque de conflit d’intérêts et de connivence avec Washington. Deux sénateurs du comité bancaire du Sénat américain ont d’ailleurs saisi le Trésor pour demander une enquête au CFIUS (comité américain sur les investissements étrangers) sur les implications en matière de sécurité nationale d’un contrôle à 49 % par un haut responsable émirati dans une entreprise détenue par la famille du président.

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