Les élus du « bloc central » sont de nouveau pris de panique. Comme le glaive de la dissolution agité au-dessus de leur tête par Emmanuel Macron les a conduits à accepter un budget qui allait contre toutes leurs – maigres – convictions et avancées (le refus des hausses d’impôts et la réforme des retraites, principalement), celui de ne pas atteindre le second tour de la présidentielle de 2027 les place en position latérale de sécurité.
Ils sont désormais de nouveau prêts à tout pourvu que cela leur permette de désigner un candidat unique lors de ce scrutin afin, croient-ils, de s’assurer une place au second tour face à Jordan Bardella et l’emporter contre ce très jeune candidat. On ne cesse, pourtant, de répéter que la politique, ce n’est pas de l’arithmétique mais de la dynamique. Ça n’est pas parce que tous les sortants se seront agglutinés derrière tel ou tel de leur leader que celui-ci parviendra à susciter l’adhésion des Français ; bien au contraire, l’opération risque de ressembler au radeau de la méduse.
Quand Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre des gouvernements Barnier, Bayrou et Lecornu I, déclare que ses « bornes vont de Xavier Bertrand à Raphaël Glucksmann », quel est son projet, exactement ? Baisser les impôts, comme le propose le parti de Xavier Bertrand, ou les augmenter, comme le voudrait celui de Glucksmann ? Réduire l’immigration, ou accueillir davantage d’étrangers ? Encadrer plus strictement l’assurance-chômage, comme le proposent les Républicains, ou au contraire abroger la réforme Macron qui amorçait ce mouvement, comme le veut Place publique ?
La liste est longue : il n’y a à peu près aucun sujet sur lequel les familles politiques des deux bornes de Mme Pannier-Runacher ne soient d’accord. Le « bloc central » compte-t-il vraiment se présenter devant les Français en 2027, alors que le pays est surendetté, affaibli, et les Français exaspérés, avec ça ?
N’est-il pas temps, au contraire, de faire enfin des choix ? De proposer enfin quelque chose de costaud à ce peuple dont la grande nation est en train de disparaître à vitesse accélérée dans les limbes de l’histoire ? Et n’est-ce pas ainsi que tel ou tel candidat, par la force de ce qu’il propose, parviendra à susciter l’intérêt et l’adhésion des Français ?
Veut-on un État plus efficace et moins coûteux ou veut-on recruter toujours plus de fonctionnaires en leur demandant toujours moins ? Veut-on laisser aux gens le fruit de leur travail ou les taxer toujours davantage pour financer des dépenses publiques incontrôlables ? Veut-on mettre un coup d’arrêt à l’entrisme de l’islam politique ou laisser faire au nom de la tolérance ? Décidons-nous d’ouvrir les yeux sur l’effondrement de notre système de retraites où continuons-nous à nous bercer d’illusions ? Allégeons-nous la fiscalité et la réglementation qui paralysent le travail dans notre pays, ou poursuit-on avec cette machine à démotiver à la fois les employeurs et les employés ? Construisons-nous des éoliennes ou des réacteurs nucléaires ?
Toutes ces questions correspondent à un choix de société. On ne peut pas, par exemple, en même temps augmenter les salaires des Français et leur permettre de partir à la retraite à 62 ans. Cela n’est pas possible, car ce sont les charges sur les salaires qui financent les retraites. Alléger les charges sur les premiers implique de diminuer le coût des secondes. C’est comme ça. Déplaisant sans doute : Lacan disait que le réel, c’est quand on se cogne.
Et Baudelaire mettait en garde : « Celui qui veut unir dans un accord mystique / L’ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour / Ne chauffera jamais son corps paralytique / À ce rouge soleil que l’on nomme l’amour !» Le candidat qui se présentera devant les Français avec des demi-choix ne les touchera pas. N’est-il pas temps de se cogner le destin de la France ?

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