Cessez‑le‑feu en Iran : Américains et Iraniens face à face pour tenter d’éviter l’embrasement

Le monde a les yeux rivés sur Islamabad. Deux jours après la mise en place d’un cessez-le-feu de deux semaines bien fragile, la capitale du Pakistan accueille, à partir de ce vendredi 10 avril, des représentants américains et iraniens dans l’espoir de trouver une issue au conflit déclenché par les attaques américaines et israéliennes le 28 février. Le résultat des négociations est hautement imprévisible tant les déclarations des deux parties au cours des derniers jours laissent entrevoir des agendas fort éloignés. Donald Trump a en effet évoqué une liste en dix points soumis par l’Iran qui serait “une base de négociation viable”. Problème, l’Iran a de son côté partagé une liste qui contient bien dix points mais inclut des propositions inacceptables pour Washington, telles que des réparations pour les dommages de guerre, la levée de toutes les sanctions, la reconnaissance de son contrôle sur le détroit d’Ormuz ou encore son droit à enrichir l’uranium. Un hiatus qui a conduit la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, à préciser que Donald Trump parlait pour sa part d’un autre plan en dix points…

La question du Liban illustre les divergences entre les parties. Le pays a en effet été la cible mercredi de bombardement massifs de la part d’Israël, qui ont provoqué la mort de plus de 300 personnes et conduit le président iranien Massoud Pezeshkian à déclarer jeudi que “les négociations [étaient] dénuées de sens”. A la différence de Téhéran, Washington et Tel-Aviv estiment en effet que l’accord de cessez-le-feu n’inclut pas le Liban, où Tsahal traque le Hezbollah, allié de la république islamique. Le vice-président américain J.D. Vance a parlé de son côté d’un “malentendu légitime” et déclaré que les Israéliens devraient “peut-être faire preuve d’un peu plus de retenue” dans leurs frappes.

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Le détroit d’Ormuz est autre point crucial. Sa fermeture par le régime iranien, anticipé par les observateurs mais qui a visiblement pris de court les autorités américaines, a provoqué une crise énergétique mondiale. Le cessez-le-feu visait à assurer sa réouverture mais seule une poignée de vaisseaux sont passés depuis, tandis que des centaines d’autres restent bloqués. L’Iran aurait refermé le passage à la suite des bombardements israéliens sur le Liban. Téhéran souhaite en outre instaurer un droit de passage du détroit, une demande qui n’a pas choqué Donald Trump. “C’est une belle chose”, a-t-il d’abord déclaré à la chaîne ABC, avant de rétropédaler sur sa plateforme Truth Social : “Ils ont intérêt à ne pas le faire.”

Le rôle clé du Pakistan

Si le contenu des discussions reste donc incertain, et leur issue encore davantage, l’identité des négociateurs est connue. Côté américain, J.D. Vance est attendu, de même que Steve Witkoff et Jared Kushner, les émissaires habituels du président Trump, soit son partenaire de golf et son gendre, qu’il envoie sur tous les fronts avec des résultats mitigés. Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf devraient être présents, ce dernier étant un partisan d’une ligne dure et l’un des rares historiques du régime à n’avoir pas été éliminé par les frappes américano-israéliennes. Des délégations de pays du Golfe, notamment du Qatar et de l’Arabie saoudite, devraient également participer à des discussions en marge du sommet.

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Islamabad a joué un rôle prépondérant dans l’organisation de ces discussions, après avoir œuvré en coulisses au cours des semaines passées pour obtenir le cessez-le-feu, et jusqu’à récemment. Selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, le Pakistan est intervenu pour empêcher l’Iran de riposter aux récentes frappes contre le Liban. Les rues de la capitale ont été vidées, un congé a été donné aux habitants, et les occupants de l’hôtel de luxe Serena ont été invités à plier bagage, laissant supposer que l’endroit pourrait accueillir les représentants des deux pays.

Dans un élan d’autostisfaction dont il est coutumier, Donald Trump a déclaré à NBC qu’il était “très optimiste” quant à la conclusion d’un accord de paix, affirmant que les dirigeants iraniens semblaient ouverts à la paix lors de discussions en privé. “Ils sont beaucoup plus raisonnables. Ils acceptent tout ce qu’ils doivent accepter. N’oubliez pas qu’ils ont été vaincus. Ils n’ont plus d’armée.” Les autorités iraniennes disent l’exact contraire, et présentent à la population le cessez-le-feu et les néogocations comme une preuve de la résistance du pays et de sa victoire sur les Etats-Unis et Israël. Les vraies discussions doivent débuter samedi matin et pourraient n’être que le premier round d’un cycle de négociations.

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