Aux Etats-Unis, des demandeurs d’emploi attaquent des logiciels de recrutement utilisant l’IA, pour discrimination par l’âge

Derek Mobley n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi il n’a jamais pu décrocher un entretien lorsqu’il cherchait un emploi, en 2017. Ce cadre afro-américain de 51 ans, doublement diplômé en informatique et en finance, sourire jovial, sait qu’il fait plutôt bonne impression en entretien. Mais il a eu beau envoyer plus de 100 CV, de 2017 à 2019, on ne l’a pas rappelé. Que se passait-il ?

De plus en plus méfiant, il a regardé de près les e-mails de refus. Des messages envoyés par Workday, un fournisseur de logiciels de RH utilisé par les grandes entreprises classées au Fortune Global 500 [classement des 500 plus grandes entreprises mondiales établi par le magazine américain Fortune]. Ces messages arrivaient en pleine nuit, voire le week-end. « Bizarre », a pensé dit Derek Mobley. « C’étaient des missives automatiques, sans aucune intervention d’un représentant des ressources humaines », se souvient-il.

L’informaticien a alors eu envie de « jeter un œil derrière le rideau », soupçonnant que les outils d’intelligence artificielle (IA) utilisés par Workday rejetaient les hommes noirs matures au profit de jeunes hommes blancs de type caucasien. « En fin de compte, les dossiers des minoritaires se retrouvent toujours en bas de la pile », conclut-il.

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Il a raconté son histoire à l’avocat Roderick Cooks, du cabinet juridique Winston Cooks, dans l’Alabama, et celui-ci a porté plainte contre Workday en 2023 devant la cour fédérale de San Francisco pour discrimination par l’âge, la race et la maladie. « Ces outils d’IA pratiquent le web scrapping [“moissonnage de données”] pour mieux cerner les candidats, explique l’avocat. Ils connaissent votre code postal, votre date de naissance, l’université où vous avez étudié… » Et, comme M. Mobley est un ancien de Morehouse College d’Atlanta (Géorgie), une université très fréquentée par les étudiants noirs, « j’ai dû être vite classé et éliminé », croit-il.

De nouvelles plaintes

Ce genre d’affaires s’étale souvent sur plusieurs années. Mais elle avance : la justice a accepté la qualification de discrimination par l’âge des plus de 40 ans. Trois autres femmes d’âge mûr ont rejoint la plainte de M. Mobley. « Elles n’ont eu aucun succès, explique M. Cooks. Trente minutes après l’envoi de leurs candidatures, un jour plus tard, ou une semaine après, elles ont été éliminées. »

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