Le président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, a posté, tôt samedi 11 avril, sur son compte X un portrait de lui, orné de son nom, avec la mention : « Réélu », alors que n’ont été publiés jusqu’ici que de premiers résultats officiels très partiels, portant sur à peine 6 % des inscrits au niveau national. Il brigue un sixième mandat à la tête de ce petit territoire africain stratégiquement situé qu’il dirige depuis bientôt trente ans.
Selon les chiffres compilés par l’Agence France-Presse (AFP) à partir de ces résultats égrenés bureau par bureau par la télévision nationale portant jusqu’ici sur trente-huit bureaux de Djibouti-Ville, le président sortant, que les Djiboutiens surnomment de ses initiales IOG, a recueilli 96,47 % des suffrages.
Son adversaire, Mohamed Farah Samatar, président du Centre démocrate unifié (CDU, un parti sans élu au Parlement) et personnalité peu connue de ses concitoyens, rassemble seulement 3,52 % des voix sur ces bureaux.
Forte Abstention
Un peu plus de 256 000 citoyens étaient appelés aux urnes. A la clôture du scrutin, le taux de participation variait entre 36 % et 58 % dans quelques bureaux visités par l’AFP, allant toutefois jusqu’à plus de 90 % dans un bureau où votaient des militaires.
Après s’être présentés au compte-goutte une bonne partie de la journée, les électeurs ont été un peu plus nombreux en fin d’après-midi dans les bureaux de vote de la capitale − où vivent 71 % des Djiboutiens −, sans qu’ils n’aient néanmoins eu besoin de faire la queue.
En 2021, lors d’une présidentielle largement boycottée par l’opposition, le chef de l’Etat avait été réélu avec plus de 97 % des voix.
Dette importante
Cette ancienne colonie française, où l’islam est religion d’Etat, borde le détroit de Bab-el-Mandeb, qui donne accès à la mer Rouge depuis le golfe d’Aden et par lequel transite une grande part du commerce entre Asie et Occident.
A la tête du pays depuis 1999 – l’un des moins peuplés du continent avec un peu plus d’un million d’habitants −, IOG a su faire fructifier la position géographique de Djibouti, dans une Corne de l’Afrique par ailleurs troublée et théâtre de luttes d’influences étrangères. Sur ses 23 000 km², le territoire accueille des bases militaires de cinq puissances (France, Etats-Unis, Chine, Japon, Italie), engendrant d’importants bénéfices financiers, mais aussi sécuritaires et politiques.
Cependant le pays, dont 70 % des jeunes sont au chômage, est pénalisé par un climat aride peu propice à l’agriculture (environ 1 % du PIB), Djibouti ayant misé, au prix d’une importante dette, surtout vis-à-vis de la Chine, sur le développement des activités portuaires, qui représentent désormais 70 % de son PIB mais le rendent dépendant des soubresauts régionaux, notamment en Ethiopie dont les marchandises représentent l’écrasante majorité du trafic.
Opposition « muselée »
Ismaïl Omar Guelleh avait annoncé qu’il passerait la main en 2026, mais une révision constitutionnelle en novembre 2025 a levé la limite d’âge des candidats à la présidentielle. Son entourage justifie cette nouvelle candidature par une nécessaire « stabilité » dans une région troublée. Des analystes l’estiment surtout motivée par les risques de fracturation du régime que fait peser l’absence de successeur faisant l’unanimité.
Les autorités djiboutiennes sont régulièrement pointées du doigt pour la répression des voix dissidentes. L’opposition, fragmentée et « muselée » selon la Fédération internationale des droits de l’homme, est inaudible.
Le pays pointe au 168e rang sur 180 du classement 2025 sur la liberté de la presse de l’ONG Reporters sans frontières (RSF), qui décrit un « paysage médiatique (…) complètement verrouillé » et se limitant « presque exclusivement aux médias d’Etat ».
