« L’Immontrable », de Pauline Delabroy-Allard, Julliard, « Camera obscura », 272 p., 21,50 €, numérique 15 €.
Sur la couverture de L’Immontrable figure une photographie. Partir d’un cliché pour en tirer un récit est le principe même de la collection « Camera obscura », chez Julliard, qui accueille l’ouvrage de Pauline Delabroy-Allard, autrice de Ça raconte Sarah (Minuit, 2018) et de Qui sait (Gallimard, 2022). L’image ornant L’Immontrable réunit, sur des lames de bois, une bougie allumée, un petit vase d’où sortent deux fleurs et une reproduction du tableau Le Nouveau-Né, de Georges de La Tour (vers 1648). Mais cette composition est une création a posteriori. Charte graphique oblige, il fallait bien illustrer, d’une façon ou d’une autre, ce texte qui ne porte pas son titre à la légère : Pauline Delabroy-Allard y tourne avec une courageuse obstination autour d’un cliché impossible à regarder et à partager.
Le 23 mai 2024, à sept mois de grossesse, S., l’épouse de l’autrice, a donné naissance à un bébé mort ; ses deux mères l’ont baptisé Jacob et ont passé plusieurs heures avec lui, durant lesquelles l’écrivaine, « pour ne pas sauter par la fenêtre », pour avoir des « preuves » (« Qui pourra croire que nous avons tenu dans nos bras, un jour de mai, notre bébé mort ? »), a pris des photos du petit garçon. Certaines ont été montrées à des proches. Mais jamais l’« autoportrait des amoureuses au petit cadavre », qu’elle ne peut pas plus voir que supprimer.
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