Comment l’IA accélère la lutte contre le cancer et les maladies rares

L’année 2026 pourrait être décisive en matière de recherche et d’applications. A l’occasion du Forum Impacts Santé, organisé par La Tribune ce 14 avril, plusieurs acteurs du secteur ont détaillé les nouveaux programmes qui se mettent en place. Avec, au cœur de ces initiatives, les données analysées par l’intelligence artificielle.

« La data, la data, la data » : pour Nicolas Scotté, directeur général de l’Institut national du cancer, les données massives récoltées puis analysées par l’intelligence artificielle (IA) sont essentielles, que ce soit pour évaluer les risques de cancer, en détecter les premiers signes ou croiser des informations sur des maladies rares et d’autres. Certes, l’IA n’est pas la seule réponse aux enjeux de santé actuels, mais elle sous-tend nombre de programmes en cours.

Plusieurs initiatives ont ainsi été prises ces derniers mois. Au point que certains acteurs de la santé parlent de 2026 comme d’une année charnière. Il s’agit en effet de répondre à la multiplication des cas de cancers, due, pour les uns, au simple vieillissement de la population, pour d’autres, comme le cancer du poumon, à l’usage du tabac ces dernières décennies, notamment chez les femmes.

« Intercepter » les cancers

Si, désormais, un simple examen sanguin, la biopsie liquide, permet de détecter les risques ou les rechutes potentielles pour divers types de cancers, l’APHP a récemment lancé un premier programme pilote, en vue d’une détection précoce du cancer du poumon, en ciblant 20 000 personnes à risques. Sachant qu’un traitement coûte quelque 250 000 euros et que le taux de survie à cinq ans n’est que de 20 %, l’intérêt d’une détection en amont, grâce à un scanner à faible dose, est évident.

Des initiatives qui s’appuient souvent sur une personnalisation du dépistage. Ainsi, au centre de lutte contre le cancer Gustave Roussy, un nouveau programme, qui vise à « intercepter les cancers », selon l’expression de Yohann Loriot, oncologue et chef adjoint du département des innovations thérapeutiques et des essais précoces, permet, grâce à un algorithme, l’analyse d’une multitude de caractéristiques individuelles pour juger du niveau de risques d’un patient dans le développement de la maladie.

Réaliser des analyses à grande échelle et connecter des données diverses pour des résultats plus pertinents grâce à des plateformes agentiques : tels sont donc les avantages de l’IA. « Nous développons un outil d’IA capable de nous fournir un accès plus rapide aux analyses de certains tests en laboratoires, afin de proposer, sur le terrain, des produits comme les conjugués anticorps-médicament (ADC / antibody-drug conjugate) », explique ainsi Caroline Hoffmann, directrice médicale de la start-up franco-américaine Owkin, qui développe des traitements contre le cancer.

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Les avancées ne s’arrêtent pas là. A moyen terme, « les jumeaux numériques apporteront des avantages certains », relève Yohann Loriot. Et déjà, au CNRS, en combinant modélisation et tests in vivo, une équipe de scientifiques est parvenue à entraîner efficacement un modèle de jumeau numérique qui permet de prédire le meilleur protocole d’administration d’un traitement innovant contre le cancer du sein.

Par ailleurs, de nouvelles stratégies d’immunothérapie, par exemple à base de cellules CAR-T, qui s’appuient sur le propre système immunitaire du patient, ou via l’injection de « living drugs », des cellules vivantes, sélectionnées ou modifiées pour traiter certains cancers, font partie de programmes de recherche ou sont déjà proposées à des patients. Enfin, d’autres pistes sont prometteuses, sur « la réponse des cellules à une stimulation à la lumière ou l’électricité », remarque Laurent Hérault, directeur du Fonds de dotation Clinatec, qui développe, dans le cadre du centre de recherche Edmond J. Safra, à Grenoble, des alternatives aux médicaments « en décloisonnant les sciences ».

« Du rare au fréquent »

L’IA, du fait de sa capacité à combiner des données diverses et à les analyser a aussi permis une prise de conscience, exprimée par Bana Jabri, directrice générale de l’Institut Imagine. « Les maladies génétiques rares, qui n’offrent par définition que peu de données, ont en fait des caractéristiques communes avec d’autres, telles que la maladie d’Alzheimer. De quoi passer du rare au fréquent et envisager les recherches sous un autre angle. » Ainsi, la maladie de De Vivo, dans laquelle le transporteur spécifique du glucose à travers la barrière méningée est déficitaire, n’affecte qu’un enfant sur un million, mais cette caractéristique se retrouve chez deux millions de personnes qui souffrent d’Alzheimer…

Autant d’avancées qui contribuent à l’actuelle révolution en santé. L’IA y joue un rôle clé. « Mais elle ne génère pas d’idées disruptives, conclut Bana Jabri. Seuls les humains en sont capables. »

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