Berlin lâche du lest sur les carburants face au choc pétrolier

Le gouvernement allemand opte pour une baisse temporaire de la fiscalité sur l’essence et le diesel, tout en assumant un soutien limité face à la flambée des prix liée au conflit au Moyen-Orient.

Sous pression face à l’envolée des prix de l’énergie, Berlin dégaine une réponse rapide mais ciblée. La coalition au pouvoir a annoncé lundi une réduction temporaire de la taxe sur les carburants, dans l’objectif de soulager ménages et entreprises frappés par la hausse des prix du pétrole consécutive à la guerre au Moyen-Orient.

Concrètement, la taxe sur le diesel et l’essence sera abaissée d’environ 17 centimes par litre pendant deux mois. Cette mesure, issue de négociations entre conservateurs de la CDU et sociaux-démocrates du SPD, représente un effort budgétaire estimé à 1,6 milliard d’euros. Elle s’accompagne de la possibilité pour les entreprises de verser une prime défiscalisée de 1.000 euros à leurs salariés.

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Lors de l’annonce, le chancelier Friedrich Merz a directement pointé l’origine du choc énergétique : la guerre au Moyen-Orient « est la véritable cause des problèmes que nous connaissons ». Dans ce contexte, l’exécutif allemand assume une intervention limitée dans le temps. « Nous ne pouvons pas compenser par des moyens publics chaque résultat, chaque évolution sur les marchés », a-t-il insisté. Et de prévenir : « L’État ne peut pas absorber toutes les incertitudes, tous les risques, toutes les perturbations de la politique mondiale ».

Un arbitrage budgétaire assumé

Pour compenser le manque à gagner fiscal, la coalition prévoit d’avancer à 2026 une hausse déjà programmée des taxes sur le tabac. En revanche, l’idée d’un impôt sur les surprofits pétroliers, défendue par une partie du SPD, a été abandonnée au profit de « mesures en vertu du droit de la concurrence et du droit fiscal », selon Friedrich Merz.

Ce choix illustre les tensions internes à une coalition fragilisée, alors que l’économie allemande peine à redémarrer. Début avril, les principaux instituts économiques du pays avaient déjà alerté sur le fait que le choc énergétique allait « freiner » la reprise, dans un pays englué dans une croissance atone depuis plusieurs années.

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Mesure contestée, efficacité incertaine

Si le syndicat IG Metall estime que « les allègements à court terme vont dans le bon sens », il appelle à « une stabilisation [des revenus] à moyen et long terme ». À l’inverse, plusieurs économistes dénoncent un dispositif mal calibré.

Marcel Fratzscher, président de l’institut DIW, juge ces mesures « socialement déséquilibrées », pointant un bénéfice limité pour les ménages modestes. Il met également en garde contre un effet d’aubaine pour les compagnies pétrolières, estimant qu’ »une part importante » de la baisse fiscale pourrait ne pas être répercutée à la pompe.

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Même scepticisme du côté de DZ Bank, dont l’économiste en chef Michæl Holstein qualifie cette initiative de « l’une des pires solutions envisageables », car « coûteuse et peu ciblée ». Il plaide plutôt pour des politiques visant à réduire la consommation de carburants.

Une onde de choc européenne

L’Allemagne n’est pas seule à agir. L’Italie et l’Espagne ont également enclenché des mesures pour contenir la flambée des prix, tandis que la France privilégie, pour l’heure, des dispositifs ciblés plutôt qu’une baisse généralisée des taxes.

Reste que pour Berlin, l’horizon demeure sombre. Le chancelier a averti que l’économie allemande devait s’attendre à ressentir « encore longtemps les conséquences » du conflit, y voyant « une charge considérable pour l’économie allemande ». Un avertissement qui souligne la fragilité persistante de la première économie européenne face aux chocs énergétiques mondiaux.

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