Lafarge reconnu coupable de financement de terrorisme en Syrie : tout comprendre à l’affaire

Le cimentier a été reconnu coupable lundi de financement de terrorisme en Syrie en 2013 et 2024, ce qui a permis à l’État islamique de « préparer des attentats terroristes », notamment ceux de janvier 2015 en France. Retour sur les dates clés de l’affaire.

Le cimentier français Lafarge et huit anciens responsables ont été reconnus coupables ce lundi 13 avril par le tribunal de Paris de financement de terrorisme en 2013 et 2014, pour avoir payé des groupes jihadistes afin qu’ils laissent tourner une usine au milieu de la guerre en Syrie.

La société, avalée depuis par l’entreprise suisse Holcim, a procédé à des paiements à trois organisations jihadistes dont le groupe État islamique (EI), à hauteur de près de 5,6 millions d’euros, a établi le tribunal correctionnel dans son jugement, qui a souligné que cela leur avait permis de « préparer des attentats terroristes », notamment ceux de janvier 2015 en France.

« Cette modalité de financement des organisations terroristes, et à titre principal de l’EI, a été essentielle comme participant à la mainmise de l’organisation terroriste sur les ressources naturelles de Syrie, lui ayant permis de financer des actes terroristes sur zone et projetés à l’extérieur, notamment en Europe », a souligné la présidente Isabelle Prévost-Desprez.

« Arrangements troubles » et plainte de Bercy

Rappel des faits. Le 21 juin 2016, Le Monde affirme que le groupe a tenté, en 2013 et 2014, de faire fonctionner « coûte que coûte » son usine, située à 150 km au nord-est d’Alep en Syrie, « au prix d’arrangements troubles et inavouables avec les groupes armés environnants », dont l’organisation État islamique. Lafarge, avalé par le cimentier suisse Holcim en 2015, assure que sa « priorité absolue » a « toujours été d’assurer la sécurité de son personnel ».

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Fin septembre 2016, Bercy dépose une plainte portant notamment sur une interdiction d’acheter du pétrole en Syrie, édictée par l’Union européenne dans le cadre d’une série de sanctions contre le régime de Bachar al-Assad, et sur celle de toute relation avec les organisations terroristes présentes en Syrie. Le parquet de Paris ouvre une enquête. Plusieurs associations, dont l’ONG Sherpa, portent également plainte.

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Accusation de complicité de crimes contre l’humanité

Le 9 juin 2017, une information judiciaire est ouverte. Le Service national de douane judiciaire (SNDJ) conclut dans un rapport que Lafarge Cement Syrie (LCS), branche syrienne du groupe, a « effectué des paiements aux groupes jihadistes » et que la direction française de l’époque a « validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables ». Le tout pour pouvoir maintenir l’activité de la cimenterie.

Début décembre 2017, deux anciens directeurs de la filiale syrienne, Bruno Pescheux et Frédéric Jolibois, ainsi que le directeur de la sûreté du groupe, Jean-Claude Veillard, sont mis en examen pour financement d’une entreprise terroriste et mise en danger de la vie d’autrui. Puis c’est au tour de Bruno Lafont, PDG de Lafarge de 2007 à 2015, et d’autres dirigeants. Au total, huit cadres sont mis en examen.

Le 28 juin 2018, Lafarge est mis en examen pour une accusation rarissime de complicité de crimes contre l’humanité ainsi que pour financement d’une entreprise terroriste, mise en danger de la vie d’anciens salariés syriens et violation d’un embargo.

Cinq ans de recours

Le groupe et trois dirigeants contestent les fondements de l’enquête. Le 7 novembre 2019, la cour d’appel annule la mise en examen pour complicité de crimes contre l’humanité. En septembre 2021, la Cour de cassation casse cette décision. En mai 2022, la cour d’appel de Paris confirme la mise en examen du groupe pour complicité de crimes contre l’humanité et mise en danger de la vie d’autrui.

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Le 16 janvier 2024, la Cour de cassation valide définitivement la mise en examen pour complicité de crimes contre l’humanité, notamment pour des crimes à l’encontre de la minorité des Yazidis, ainsi qu’envers la communauté des Sheitat et contre des recrues de l’armée irakienne. Simultanément, la haute juridiction annule les poursuites pour mise en danger de la vie d’autrui, « la loi française n’étant pas applicable » aux salariés syriens.

Premier procès

Parallèlement, en octobre 2022, Lafarge a annoncé avoir accepté de payer une sanction financière de 778 millions de dollars aux États-Unis et de plaider coupable pour avoir aidé des organisations « terroristes », dont le groupe EI, entre 2013 et 2014.

Le 16 octobre 2024, trois juges d’instruction ordonnent un procès pour financement du terrorisme contre le groupe et huit personnes. Seul l’ancien directeur de la sûreté Jean-Claude Veillard bénéficie d’un non-lieu. Lors du procès en novembre-décembre 2025, l’accusation requiert à l’encontre de Lafarge l’amende maximale de 1,125 million d’euros et jusqu’à huit ans de prison ferme contre les huit personnes physiques. Le deuxième volet de l’affaire, concernant les soupçons de complicité de crimes contre l’humanité, est toujours en cours.

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