Chaque semaine, la guerre au Moyen-Orient oscille entre promesses de désescalade et nouveaux accès de tension. Après l’échec de négociations entre Téhéran et Washington ce week-end, l’armée américaine a annoncé qu’elle imposerait, ce lundi 13 avril, un blocus du trafic maritime du détroit d’Ormuz. Celui-ci entrera en vigueur à 10h00, heure de Washington (16h00 heure française), visant l’ensemble des ports iraniens, dans les deux sens. Une décision d’une ampleur inédite, qui durcit brutalement le rapport de force. “Cette mesure déclenche une guerre d’usure à haut risque qui mettra à l’épreuve la capacité de résistance de Téhéran ou des marchés mondiaux”, analyse The Wall Street Journal.
Cette initiative est illégale et s’apparente à de “la piraterie”, a dénoncé Téhéran ce lundi. Les Gardiens de la révolution iraniens avaient auparavant averti que tout bâtiment de guerre s’approchant du détroit d’Ormuz serait considéré comme une violation du cessez-le-feu et s’exposerait à une réponse “sévère”. Cette montée des tensions tranche avec les déclarations récentes du président américain Donald Trump, qui appelait encore, il y a quelques jours, dans le cadre des négociations avec Téhéran, à la réouverture de ce passage stratégique par lequel transite près d’un quart du pétrole et du gaz mondiaux.
Pour rassurer l’opinion publique américaine, une porte-parole de la Maison-Blanche, Olivia Wales, n’a pas ménagé les superlatifs : “La marine américaine est la plus puissante du monde et dispose de ressources plus que suffisantes pour maintenir le blocus.” Mais pour certains experts, la réalité est plus complexe. “Le corps des Gardiens de la révolution islamique, une force paramilitaire, conserve une grande partie de sa flotte de vedettes rapides, qu’il utilise pour contrôler le détroit. Plus de 60 % de ces patrouilleurs et embarcations sont encore opérationnels et continuent de représenter une menace”, souligne auprès du WSJ Farzin Nadimi, chercheur principal spécialisé sur l’Iran au Washington Institute.
“Aucun sens”
De son côté, le président américain Donald Trump prévient que si l’Iran venait à viser des troupes américaines, les forces iraniennes seraient “anéanties”. Si l’ex-magnat de l’immobilier a assuré, dimanche 12 avril, que “de nombreux pays” soutiendraient les forces américaines dans la mise en place du blocus, la composition de cette coalition reste floue. Plusieurs capitales affichent au contraire leurs réserves. “Nous ne soutenons pas le blocus”, a indiqué le Premier ministre britannique Keir Starmer sur la BBC. En Espagne, la ministre de la Défense, Margarita Robles, a également jugé que le blocus naval du détroit d’Ormuz n’avait “aucun sens”. De son côté, le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a affirmé que son pays n’avait pas été sollicité pour y contribuer.
La décision de Donald Trump intervient après l’échec des pourparlers entre Washington et Téhéran, tenus samedi au Pakistan, médiateur entre les deux camps. Selon un responsable américain, l’Iran a rejeté les exigences de la Maison-Blanche, qui portaient notamment sur l’arrêt total de l’enrichissement d’uranium, le démantèlement de ses principales installations nucléaires et le transfert de ses stocks d’uranium hautement enrichi. Téhéran aurait également refusé de mettre fin à son soutien au Hamas, au Hezbollah et aux Houthis, ainsi que de rouvrir pleinement le détroit d’Ormuz, ajoute cette même source.
Par conséquent, ce blocus fragilise encore davantage la trêve de 15 jours décidée mardi dernier entre les Etats-Unis et l’Iran, provoquant ce lundi une nouvelle envolée des cours du pétrole, avec un baril de Brent qui grimpe de 7 %, au-dessus de la barre symbolique des 100 dollars.

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