Présidentielle 2027 : minoritaire, la radicalité est puissante et en dynamique au sein de la société française

Un spectre hante la précampagne présidentielle : la perspective d’un affrontement de second tour entre Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon. La deuxième vague du panel électoral esquisse ce que l’on peut appeler le « fond de décor » de cette élection. Elle éclaire notamment l’intensité de la demande de « radicalité » et permet de distinguer quatre expressions de la radicalité.

La première radicalité est idéologique. C’est l’autopositionnement des Français sur une échelle gauche-droite allant de zéro à dix – zéro signifiant « très à gauche » et dix « très à droite ». Si, par convention, nous considérons que la radicalité correspond à l’ensemble des réponses « 0 » ou « 1 » d’un côté et « 9 » ou « 10 » d’un autre côté, on voit qu’elle rassemble, au total, 21,5 % des Français – 6 % à l’extrême gauche, 15,5 % à l’extrême droite. Elle est donc à la fois minoritaire et asymétrique.

La deuxième radicalité est partidaire. C’est la proximité partisane, la réponse à la question de savoir de quel parti politique les Français se sentent « le plus proche ou le moins éloigné ». On peut se concentrer sur le noyau, c’est-à-dire les sympathisants de la France insoumise (LFI) et du Rassemblement national (RN) : ils correspondent respectivement à 7,5 % et 22,5 % du panel. On peut élargir l’analyse à la nébuleuse qui gravite à distance de ces deux grandes formations politiques. En adjoignant, à gauche, les sympathisants de Lutte ouvrière et du Nouveau Parti anticapitaliste et, à droite, ceux de Debout la France et de Reconquête !, nous avons une gauche radicale qui pèse 9 % et une droite radicale 26,5 %. Le total s’élève alors à 35,5 % et penche nettement plus encore à droite. Il est aussi beaucoup moins minoritaire : les sympathisants des partis radicaux sont presque aussi nombreux que ceux des partis dits « de gouvernement » (26 % de Français répondant ne se sentir proches « d’aucun parti »).

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La troisième radicalité est méthodologique. C’est le refus du compromis comme mode de gouvernement ; 45 % disent préférer un dirigeant politique qui « reste fidèle à ses principes et ne fait pas de compromis » contre 55 % un dirigeant politique « prêt à faire des compromis avec les autres afin de parvenir à faire avancer au moins en partie ses idées ». En l’espèce, l’interprétation de ces 45 % est plus complexe. Mais on peut considérer que, dans un pays dont la culture comme les institutions ne portent guère au compromis et après deux années d’action entravée, il n’était pas acquis qu’une majorité continue de privilégier le compromis.

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