Hongrie : Viktor Orban en difficulté, l’élection qui peut tout changer

C’est une élection suivie de près à l’international. Ce dimanche 12 avril, la Hongrie va choisir ses nouveaux députés, et pourrait voir la fin du règne de Viktor Orban, le Premier ministre au pouvoir depuis 2010. La plupart des sondages indépendants le donnent en effet perdant derrière son principal concurrent, Péter Magyar, un haut fonctionnaire qui a centré sa campagne sur la nécessité d’ouvrir un nouveau chapitre dans un pays classé par Transparency International comme le plus corrompu de l’UE.

Ancien allié de Viktor Orban, Péter Magyar a pris la tête du petit parti centriste de droite Tisza et l’a transformé en mouvement anti-corruption. Il a dénoncé ce qu’il appelle le “marécage politique” d’Orban et promis de construire “une Hongrie moderne et européenne”. Selon The Economist, Tisza est passé de 21 % dans les sondages en mai 2024 à une position proche de celle du parti Fidesz de l’actuel Premier ministre. Ce dernier est desservi par un bilan économique mauvais, avec une croissance faible, un chômage qui progresse et des prix en hausse de 50 % depuis 2020.

Un système biaisé

Pour autant, même si les sondages s’avéraient partiellement exacts, le parti au pouvoir pourrait tout de même conserver une majorité de sièges au Parlement, voire parvenir à gouverner en coalition avec de petites formations politiques. Depuis son retour au pouvoir en 2010, le parti Fidesz a progressivement remodelé le système électoral hongrois, dans le cadre d’une gouvernance qui s’étend désormais sur 16 années sans interruption. Le gouvernement a notamment réduit le nombre total de sièges parlementaires de 386 à 199, un changement majeur qui a nécessité une refonte complète des circonscriptions électorales, elles-mêmes encore ajustées en 2024.

LIRE AUSSI : L’internationale réac de Viktor Orban : ses millions dépensés pour exporter son “modèle” en Europe

Selon les critiques du gouvernement, ces redécoupages successifs ont eu pour effet de concentrer les électeurs de l’opposition dans de grandes circonscriptions, tout en fragmentant les zones favorables au pouvoir en unités plus petites, augmentant ainsi le poids relatif des voix pro gouvernementales. En conséquence, il faut souvent moins de voix pour remporter un siège dans les zones rurales -bastions du Fidesz – que dans les circonscriptions urbaines, où l’opposition est plus forte. Lors des élections législatives de 2022, le Fidesz a ainsi dépassé certaines projections des sondages et, avec 37 % des voix au niveau national, a obtenu 68 % des sièges au Parlement.

Des médias sous contrôle

En outre, le paysage médiatique est largement dominé par la télévision et de nombreux médias contrôlés directement par le Fidesz, ou indirectement via des entrepreneurs proches du pouvoir, ce qui pourrait influencer le déroulement de l’élection. “Les médias publics ont été transformés en un outil de propagande au service du gouvernement et de son allié russe”, a déclaré Reporters sans frontières, à l’issue d’une mission en Hongrie. L’organisation ajoute que “les médias indépendants du secteur privé ont été affaiblis, menacés et réduits au silence par une répartition biaisée des financements publicitaires de l’État, des suspensions arbitraires de licences de diffusion, une surveillance illégale, des campagnes de dénigrement et des prises de contrôle par des oligarques alliés au Fidesz”.

Dans tous les cas, Orban espère que le fait de présenter son rival Péter Magyar comme une marionnette des élites libérales lui permettra de rester au pouvoir. A l’étranger, l’administration Trump, à l’inverse de l’Union européenne (UE), s’est largement investie dans la campagne en faveur du dirigeant d’extrême droite, vantant régulièrement ses mérites. Je ne dirai pas aux Hongrois comment voter. J’encourage les bureaucrates de Bruxelles à faire exactement la même chose”, a déclaré mardi, provocateur, le vice-président américain, J.D Vance, présent à un meeting à Budapest.

LIRE AUSSI : “Une vraie boîte noire” : Péter Magyar, l’inconnu hongrois qui porte tous les espoirs européens

Viktor Orban entretient également des liens étroits avec le président russe Vladimir Poutine, dont il s’est rapproché depuis le début de la guerre en Ukraine. Selon plusieurs observateurs, la Russie diffuserait notamment sur les réseaux sociaux des contenus élaborés à l’aide de l’intelligence artificielle, pour favoriser sa victoire. Plusieurs conversations téléphoniques entre le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjarto, et son homologue russe Sergueï Lavrov ont aussi été révélées ces dernières semaines par des médias d’investigation. On y entend le ministre hongrois informer son interlocuteur des décisions prises au sein du Conseil européen, mais aussi promettre de défendre les intérêts de Moscou au niveau européen ; des révélations qui ont suscité un scandale à Bruxelles. Durant la campagne, l’UE a été l’une des cibles favorites du leader nationaliste, accusée de vouloir détruire l’âme hongroise dont lui s’est érigé en défenseur.

Source link

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *