Courir après la paix au Moyen-Orient. L’édito de Bruno Jeudy

« All we are saying is give peace a chance » (« tout ce que nous demandons, c’est de donner une chance à la paix »). La supplique de John Lennon résonne avec une acuité presque ironique depuis le cessez-le-feu surprise conclu entre les États-Unis et l’Iran. Arraché in extremis, une heure avant l’expiration de l’ultimatum tonitruant de Donald Trump, cet accord a tout d’un paradoxe : fruit d’une escalade verbale inédite, il ouvre une parenthèse fragile dans un conflit qui semblait promis à l’embrasement.

Deux semaines de trêve, la réouverture partielle du détroit d’Ormuz, des négociations à Islamabad sous l’égide du Pakistan : le « deal » est minimal, contesté, mais bien réel. Il consacre surtout un tournant. Après quarante jours d’une guerre aussi meurtrière que déstabilisatrice pour l’économie mondiale, personne ne peut crier victoire.

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À Washington comme à Téhéran, on sauve la face, on entretient la posture. Mais derrière les rodomontades, chacun a mesuré le prix de l’enlisement. Donald Trump a dû se rendre à l’évidence : l’Iran n’est pas le Venezuela, et son coup de force au Moyen-Orient n’a pas abouti aux résultats escomptés, c’est-à-dire faire plier les dirigeants iraniens jusqu’à la reddition, voire renverser le régime. Le rapport de force n’a pas tenu ses promesses. La flambée du baril au-delà des 100 dollars, la menace sur les chaînes d’approvisionnement, la fébrilité des marchés ont imposé un réalisme brutal. À défaut de victoire, il fallait éviter le pire.

Reste que la paix ne se proclame pas sur un réseau social. Les communiqués triomphants de la Maison-Blanche comme ceux de la République islamique brouillent plus qu’ils n’apaisent. Le doute, sûrement, travaille les protagonistes. Et c’est peut-être lui, plus que la vertu diplomatique, qui ouvre aujourd’hui une fenêtre. Que ces échanges se déroulent à l’hôtel Serena ne manque pas d’ironie si l’on considère l’hubris de Trump et les outrances des caciques du régime iranien.

Le véritable verrou se situe ailleurs. À Jérusalem, pas à Islamabad. L’Israël de Benyamin Netanyahou poursuit ses frappes au Liban, visant le Hezbollah. À Beyrouth, le bilan humain s’alourdit, compromettant chaque jour un peu plus la fragile dynamique enclenchée. Téhéran a prévenu : sans désescalade israélienne, les discussions s’arrêteront.

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Voilà Donald Trump face à son dilemme. Chercher la paix avec l’Iran tout en ménageant un allié capable de le torpiller. Découvrir, peut-être, qu’un partenaire trop sûr de sa force devient un facteur d’instabilité. Aura-t-il la volonté – et les moyens – d’imposer une retenue à Israël ?

Au fond, ce moment dit tout d’un basculement. Washington explore, contraint et forcé, une voie qu’il avait longtemps écartée : celle d’un compromis, même imparfait, avec Téhéran. Un pragmatisme désormais assumé. Le pétrole, les marchés, et l’horizon des élections de mi-mandat pèsent plus lourd que les doctrines.

La paix, ici, n’est ni un idéal ni un aboutissement. C’est un instrument. Et comme toujours au Moyen-Orient, une course longue, incertaine, âpre – où chaque avancée porte déjà en elle les germes de son recul.

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