Habitué aux déclarations contradictoires de toutes sortes, Donald Trump se surpasse dans le conflit avec l’Iran, qui le voit changer son fusil d’épaule au gré des jours et de ses (nombreuses) prises de parole. L’exemple du détroit d’Ormuz et de sa sécurisation en est une nouvelle illustration. Au cœur du cessez-le-feu, la réouverture de ce point névralgique pourrait faire l’objet d’un péage voulu par l’Iran, qui le bloque depuis le début des hostilités. Deux millions de dollars seraient exigés par navire, payables en cryptomonnaies. Interrogé mercredi par ABC, le président a déclaré qu’il n’avait rien contre l’idée et y voyait même “une excellente chose” et “beaucoup d’argent à se faire”. Il a même été jusqu’à envisager la création d’une joint-venture entre les deux pays pour ce faire. Seulement, le versatile chef d’Etat américain a tenu des propos tout à fait opposés le lendemain sur son réseau social Truth Social : “Ils ont intérêt à ne pas le faire”, a-t-il écrit en parlant des Iraniens, “et si c’est le cas, ils feraient mieux d’arrêter maintenant !”
Difficile de comprendre un tel changement de cap, mais la légalité d’un tel projet est de toute manière sujette à caution. Aux yeux de Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, il est “illégal” car “les eaux internationales sont libres à la circulation des navires”, et “inacceptable”. L’Union européenne s’est également prononcée contre. “Le droit international consacre la liberté de navigation, ce qui veut dire ce que ça veut dire : aucun paiement, ni péage, quel qu’il soit”, a déclaré Anouar El Anouni, son porte-parole pour les Affaires étrangères.
L’Europe opposée au projet
En théorie, la liberté de navigation est garantie par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982. Les navires ont le droit de traverser “sans entrave” des eaux internationales, et même les eaux territoriales, à condition de ne pas menacer la paix ni la sécurité de l’Etat côtier. Mais si l’Iran et les Etats-Unis ont signé cette convention, les deux pays ne l’ont pas ratifiée. Un recours juridique serait donc exclu. Cependant, “en droit international, on considère que si un Etat signale son intention d’être partie d’un traité [en le signant], il ne doit pas prendre des actions qui seraient contraires à sa raison d’être”, relève auprès de Franceinfo Leslie-Anne Duvic-Paoli, maîtresse de conférences en droit au King’s College de Londres, experte du droit international et de la gouvernance océanique. Qui précise : “On considère généralement que la liberté de navigation dans les détroits internationaux est une norme de droit coutumier”. Des péages existent bien pour les canaux de Suez et de Panama, mais c’est parce qu’ils résultent de travaux et d’investissements, au contraire du détroit d’Ormuz. La société spécialisée Kpler estime que 426 tankers de pétrole, 34 transporteurs de gaz naturel liquéfié et 19 méthaniers sont en attente de passage dans le détroit.

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