Les centres-villes ne déclinent pas ; ils se transforment. Dans un monde de plus en plus numérisé, ils retrouvent même de la valeur en s’affirmant comme des lieux de lien social, de plaisir et de loisirs. Dans ce contexte, les commerces ont un rôle majeur à jouer, à condition de savoir s’adapter.
Longtemps soupçonnée de standardiser nos centres urbains, la franchise bénéficie aujourd’hui d’une bonne image auprès des élus. Face à la concurrence d’Internet et des “boîtes à chaussures” installées en périphérie, les rues commerçantes s’appuient de plus en plus sur les réseaux, qui leur apportent notoriété et visibilité. Ce sont surtout ces marques qui permettent d’attirer les jeunes générations ce qui, par ricochet, bénéficie aux magasins indépendants.
“Cela donne une belle image de Bordeaux, n’est-ce pas ?” Hervé Turpin, directeur commerce à la CCI Bordeaux Gironde, ne manque pas une occasion de présenter la majestueuse cour intérieure du Palais de la Bourse, chef-d’œuvre néoclassique du XVIIIe siècle. Ses arcades servent d’ailleurs de décor à Commerce Innov’, le salon régional du secteur qui, pour sa quatrième édition en novembre dernier, a réuni 1 600 visiteurs et plus de 110 exposants. Les deux tiers d’entre eux étaient représentés par des franchises, qui bénéficiaient même d’un village thématique dédié. Une vitrine afin d’inciter de nouvelles enseignes à s’installer dans le chef-lieu de la Nouvelle-Aquitaine.
Nadia Essebiyea, chargée d’expansion des magasins Biocoop dans le Sud-Ouest, vient d’y participer deux années de suite et s’est déjà inscrite pour 2026. “C’est un rendez-vous idéal pour gagner en visibilité auprès de porteurs de projets, mais aussi pour rencontrer les acteurs du développement économique local”, témoigne-t-elle. En octobre, la CCI organise également une journée de visite guidée des quartiers de la métropole qui présentent de nouvelles opportunités commerciales, à l’image du projet emblématique Canopia, une friche de 4 hectares en réhabilitation entre la gare Saint-Jean et la Garonne.
La mixité prônée dans les centres-villes
Ce volontarisme s’appuie pleinement sur les franchises. “Même si nous prônons la mixité, il faut reconnaître que ce type d’enseignes crée une émulation. Ce sont des locomotives”, assure Bruno Tripon, élu à la CCI chargé du commerce et ancien propriétaire de sept magasins sur place, dont trois en franchise. Cyril Delmas, concessionnaire de la marque de produits artisanaux méditerranéens Oliviers & Co, présent dans la rue des remparts depuis 2012, peut en témoigner : “La semaine dernière, deux clientes ont profité de leur passage dans la boutique Bompard à côté pour venir chez moi ensuite”.
Cette politique semble porter ses fruits. Malgré une conjoncture économique morose et la concurrence d’Internet, 1 307 boutiques jalonnent le centre-ville de Bordeaux fin 2025, soit 59 de plus qu’un an auparavant, selon un décompte de la CCI. Le taux de vacance commercial s’établit, lui, à 7,4 %, deux points de moins qu’en 2024. D’après une étude récente de la fédération des acteurs du commerce dans les territoires (FACT), ce dernier s’élève à 8,7 % en moyenne pour les villes de plus de 100 000 habitants et à 11 % pour l’ensemble du territoire.
Solidifier le tissu commercial bordelais
“Bordeaux compte 70 % d’indépendants. Il faut préserver cet équilibre car la clientèle cherche cette diversité quand elle vient flâner en ville”, prévient toutefois Ludovic Roger, coprésident de l’association de commerçants Bordeaux Mon Commerce et détenteur de trois magasins Subway. Avec un cas extrême : la rue Sainte-Catherine, la principale artère commerçante du centre-ville. Les grandes chaînes mondialisées s’y suivent en enfilade, lui donnant un caractère assez impersonnel.
En janvier, la Ville et la CCI ont dévoilé “Expérience Bordeaux”, une nouvelle marque destinée à faire rayonner le secteur. Elle s’accompagne de la création de l’office du commerce, un guichet unique pour faciliter la vie des commerçants. Une bannière commune pour solidifier le tissu commercial bordelais, qu’il soit franchisé ou indépendant.

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