Dans les labos de Bull, là où naissent les supercalculateurs européens

Grâce à son expertise matérielle et logicielle dans le calcul haute performance, cette entreprise presque centenaire est en passe de devenir un atout clef pour l’Europe dans la course à l’intelligence artificielle.

Penchés sur de grandes tables blanches, quelques trentenaires manipulent des composants informatiques dans une ambiance décontractée. Malgré les apparences, nous ne sommes pas dans l’atelier d’une start-up mais dans celui de Bull, le champion français du calcul avancé. Interdiction de photographier les cartes électroniques testées sous nos yeux. Car elles sont susceptibles d’équiper les supercalculateurs simulant nos essais nucléaires.

Une activité critique justifiant son rachat en totalité par l’Etat le 31 mars dernier au groupe Atos. Pour l’heure, le logo de l’ancien propriétaire surmonte encore l’entrée du siège social aux Clayes-sous-Bois, dans les Yvelines. Mais la page est bien tournée. La nouvelle entreprise née de cette nationalisation a en effet commencé par raviver le nom presque centenaire de Bull, en référence à sa période de gloire informatique dans les années 50 et 60, dont témoignent encore quelques machines de collection dans ses bureaux. « Je salue le renouveau d’une ambition industrielle et technologique », a déclaré la ministre du numérique Anne Le Hénanff, lors d’une visite officielle le 3 avril.

Au siège de Bull, le logo d’Atos s’affichait encore en grand le 3 avril dernier. (Crédits : La Tribune.)

« Les supercalculateurs sont devenus une infrastructure de base »

Tous les yeux sont rivés désormais sur son centre de R&D de la région parisienne où s’activent 300 collaborateurs. Parce que l’expertise en calcul haute performance et en supercalculateurs de Bull et ses 1 600 brevets, restés jusqu’ici un peu niches, pourraient devenir stratégiques dans la course à l’intelligence artificielle et à l’informatique quantique. Pour preuve, son chiffre d’affaires a augmenté de 16 % entre 2024 et 2025, atteignant les 720 millions d’euros. « Les supercalculateurs sont devenus une infrastructure de base qui permet à nos entreprises de se projeter dans l’avenir. C’est devenu aussi structurant que de maîtriser l’énergie ou les matières premières », a confirmé le ministre de l’Industrie Sébastien Martin, présent lui aussi sur place. 

La force de Bull ? Savoir designer des systèmes permettant d’effectuer des quantités phénoménales de calculs, afin de résoudre des problèmes aussi complexes que la mise au point de traitements contre la maladie de Parkinson, la modélisation du climat, des crash tests d’avion et de voiture ou même l’entraînement de modèles d’IA génératives.

Des baies de serveurs sont testées dans le centre de R&D.
Des baies de serveurs sont testées dans le centre de R&D. (Crédits : La Tribune)

Des atouts industriels, matériels et logiciels

Côté industriel, il dispose d’un sacré atout avec son usine de fabrication de supercalculateurs, à Angers, unique en son genre en Europe, et dont il est en train de doubler les capacités de production. Mais il a pour ambition de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeurs. Certes, les CPU et GPU risquent d’être fournis encore longtemps par les Américains Nvidia et Amd. Bull se targue cependant d’augmenter progressivement son autonomie technologique. « Entre le supercalculateur Jupiter, livré en 2025 à Aix-la-Chapelle, et celui d’Alice Recoque attendu pour 2027, nous allons passer de 40 à 70 % de composants européens », détaille Bruno Lecointre directeur du calcul haute performance, de l’intelligence artificielle et de l’informatique quantique chez Bull. Avec même pour objectif d’atteindre les 80% dans les années à venir.

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L’entreprise fait aussi observer qu’elle ne se contente pas d’assembler des microprocesseurs. « De la même manière qu’une belle voiture, ce n’est pas uniquement un bon moteur, les performances d’un supercalculateur ne sont pas liées seulement à ses GPU et CPU », avance Emmanuel Le Roux, le directeur général. Ses équipes développent les couches logicielles agissant comme un cerveau pour orchestrer les calculs ou optimiser la consommation d’énergie des machines.

Le processeur européen SiPearl Rhea.
Le processeur européen SiPearl Rhea. (Crédits : La Tribune)

Objectif : atteindre 80% de composants européens

Pour prouver son expertise, Bull tient à montrer ses salles informatiques où sont testées des baies de serveurs denses à l’extrême, remplies de lames de calcul de troisième génération et de composants d’interconnexion. Et son showroom rempli de produits maisons comme le processeur européen SiPearl Rhea ou sa propre technologie d’interconnexion : le réseau BXI (Bull eXascale Interconnect).

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Tout cela lui a permis de mettre au point un véritable système nerveux pour ses supercalculateurs et de damner le pion à son principal concurrent mondial dans le domaine du calcul haute performance : l’Américain Hewlett Packard Entreprise (HPE). « Aujourd’hui, nous sommes numéro un du calcul haute performance en Europe, au Brésil et en Inde. Et nous voulons aller encore beaucoup plus loin », souligne le directeur général Emmanuel Le Roux.

Pour le moment, 70 % de son chiffe d’affaires repose encore sur le calcul haute performance. Mais l’entreprise compte bien développer rapidement son activité de conseil et d’accompagnement des entreprises en matière d’intelligence artificielle. Bull veut lui aussi fournir les plateformes logicielles et les cas d’usage IA aux entreprises. Il promet pour cela d’embaucher 500 nouveaux collaborateurs dans le monde

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