L’euphorie des marchés pétroliers aura duré moins de vingt-quatre heures. Après une chute spectaculaire mercredi, voyant le West Texas Intermediate (WTI) signer son plus fort repli depuis avril 2020, les cours ont brutalement inversé la tendance ce jeudi 9 avril. À Londres, le baril de Brent reprenait 3,34 % en matinée pour se stabiliser à 97,91 dollars, tandis que le brut léger américain suivait une trajectoire identique.
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Ce regain de tension fait suite aux frappes aériennes israéliennes au Liban et à des attaques iraniennes sur des installations voisines, venues fragiliser une trêve encore balbutiante. Pour les investisseurs, l’espoir d’une normalisation rapide des flux dans le détroit d’Ormuz s’éloigne, laissant place à une réalité plus sombre : celle d’un marché de l’énergie fragmenté et durablement coûteux.
Le détroit d’Ormuz, un verrou psychologique et physique
Le centre de toutes les inquiétudes reste le détroit d’Ormuz, axe névralgique du commerce mondial d’hydrocarbures, fermé de facto depuis le déclenchement de l’opération américano-israélienne fin février. Si la trêve avait laissé espérer une réouverture, les experts appellent à la prudence. « Les chances d’une réouverture significative dans un avenir proche semblent minces », avertit Vandana Hari, fondatrice de Vanda Insights.
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Même en cas de reprise officielle de la navigation, le retour à la normale sera lent et onéreux. Susannah Streeter, stratège chez Wealth Club, souligne que les pétroliers devront naviguer dans des eaux potentiellement minées sous une présence militaire accrue. Un cocktail qui maintiendra les primes d’assurance et les coûts de fret à des niveaux prohibitifs, empêchant mécaniquement une baisse durable des prix à la pompe et pour l’industrie.
Dubaï, Brent, WTI : la fin du prix unique
Cette crise géopolitique révèle une fracture profonde entre les différentes variétés de brut.
Cette déconnexion frappe de plein fouet l’Europe. Privée d’un accès fluide au pétrole du Golfe, la demande sur le Brent de mer du Nord explose. Les raffineurs européens, lancés dans une course aux sources alternatives, font monter les enchères, ce qui explique pourquoi le Brent reste structurellement plus cher que son cousin américain.
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Le scénario noir d’un baril à 200 dollars
Le marché refuse pour l’heure d’éliminer la prime de risque géopolitique. Les transporteurs maritimes réclament une « clarté » qu’aucun diplomate n’est encore en mesure de fournir. Dans ce contexte, la volatilité s’étend au marché du gaz, qui repart également à la hausse ce jeudi.
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L’incertitude est telle que certains experts n’excluent plus des scénarios extrêmes. Si le conflit devait s’enliser ou s’étendre davantage aux infrastructures de production, le prix des barils de Brent et de Dubaï pourrait atteindre les 200 dollars. Un niveau jamais vu qui plongerait l’économie mondiale dans une zone d’ombre inédite, bien loin de l’euphorie passagère de la veille.

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