L’inconvénient avec les bateaux-mouches, c’est qu’ils résonnent. Les conversations rebondissent contre les baies vitrées des quais de Seine, elles se croisent, se mélangent, et le chuintement qui en ressort peut vite prendre la tête. Encore faut-il que les convives se parlent. 20 novembre 2025. Les sénateurs alsaciens offrent le déjeuner aux élus de leur région, en marge du congrès des maires. Du rouge, du blanc, du kir coulent dans les verres, mais alors que les éclats de voix se font entendre, une tablée reste étonnamment silencieuse.
Entre le foie gras et la poêlée de girolles, Laurence Muller-Bronn, invariable carré mi-long et tailleur feutré des grandes occasions, tente une incise. Assise à la table restée muette, la sénatrice du Bas-Rhin, organisatrice du déjeuner, insiste ; elle veut à tout prix parler des vaccins, des gestes barrières, du scandale, des mensonges, et de tout ce que l’industrie essaie de nous injecter dans les veines. Devant son civet de joue de bœuf, un maire pouffe, tandis qu’à côté, on détourne le regard. “Je n’avais vraiment pas envie de la suivre”, raconte un témoin, élu des Ecologistes. “Elle a la réputation d’être ‘spéciale’”, abonde un invité de son bord. Laurence Muller-Bronn a ses marottes, et même dans son camp, on les trouve quelque peu particulières. “Laurence Muller-Bronn ? Oh que oui, ça pour l’avoir remarquée, on l’avait remarquée”, souffle un ancien ministre membre des Républicains. “Je suis à mille lieues de ses positions, et le parti aussi”, fustige une sénatrice du même camp, qui la fuit comme la peste.
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