Le juge Nicolas Guillou vit un paradoxe au goût amer. Alors que ce magistrat français s’échinait depuis 2024 à faire condamner des criminels de haute volée à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, il s’est retrouvé lui-même traité comme le pire des narcotrafiquants par Washington, soudainement, au mois d’août dernier. Alerte et concis, il a raconté sa situation kafkaïenne de façon presque chirurgicale aux députés réunis dans le cadre de la commission d’enquête sur « les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur numérique et les risques pour l’indépendance ».
« Je suis un utilisateur lambda de services numériques, a-t-il commenté, s’excusant presque devant les parlementaires. Mais ce qui m’est arrivé pourrait survenir à chacun d’entre nous du fait de son comportement ou de nos décisions à prendre dans le cadre de notre activité professionnelle. »
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Tout a débuté il y a huit mois, lorsqu’il a approuvé un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, suspecté de crimes de guerre dans la bande de Gaza. Furieux de cette décision, Donald Trump a alors fait placer Nicolas Guillou, ainsi que cinq autres juges et trois procureurs de la CPI, sur la liste des personnes sanctionnées par les États-Unis. Un dispositif conçu initialement pour lutter contre le terrorisme. Le cauchemar a alors commencé.

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