L’annonce a fait dégringoler les cours mondiaux. Alors que Donald Trump a annoncé mardi des pourparlers en vue d’un cessez-le-feu en Iran, les cours des hydrocarbures, du West Texas Intermediate (WTI) comme du Brent, ont plongé de près de 15 %, Téhéran s’engageant à rouvrir le détroit d’Ormuz pendant cette trêve. En quelques jours à peine, le blocage de ce point stratégique avait provoqué une forte hausse du prix du baril de pétrole et une ruée des automobilistes dans les stations-service, au point que le prix moyen du gazole a atteint 2,188 euros le litre la semaine dernière en France, un niveau record depuis 1985.
Les effets à la baisse pourraient se manifester rapidement, étant donné l’ampleur du recul enregistré ce mercredi, selon les acteurs de la distribution et de l’industrie pétrolière. “Les marchés pétroliers ont réagi très vite” à cette annonce, avec une diminution du prix du pétrole brut “d’environ quinze dollars” qui pourrait se répercuter dans les stations-service dans un délai de “un à deux jours”, estime Olivier Gantois, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), interrogé sur France Info. Ce dernier mentionne une diminution comprise entre “5 et 10 centimes” par litre. Sur TF1, le PDG de la Coopérative U Dominique Schelcher va également dans ce sens. “Il y aura des baisses de prix dans les stations dans les prochains jours”, mais “il faut voir maintenant comment le marché va se stabiliser”, a-t-il expliqué.
Une baisse rapide
Les distributeurs déterminent en effet quotidiennement les prix des carburants qu’ils commercialisent, ce qui leur permet de les ajuster en continu. “Ce qui compte pour nous, ce sont les produits raffinés, comme le gazole et le sans-plomb. Les effets devraient se faire sentir dans les prochains jours. Tout le monde jouera le jeu […] car la situation actuelle n’est pas acceptable”, affirme toujours le dirigeant de la Coopérative U.
De son côté, le syndicat professionnel Mobilians, qui représente 5 800 stations-service traditionnelles (hors grandes surfaces), anticipe également une baisse rapide des prix. “Si la tendance à la baisse se confirme, alors oui, les prix diminueront rapidement, car ils sont actuellement très élevés, voire excessifs. Chacun a intérêt à répercuter cette baisse dès que possible, c’est-à-dire une fois les stocks de carburant achetés à prix élevé écoulés, afin d’attirer de nouveau les clients”, précise son président, Francis Pousse.
Des doutes
Auprès de 20 minutes, Michel Fayad, spécialiste de la géopolitique et des marchés des hydrocarbures, tempère néanmoins : “Le prix ne diminue jamais aussi rapidement qu’il monte !” Pour le spécialiste, “c’est en ce moment que le prix du baril acheté à un prix élevé est en train d’être raffiné et d’être transporté dans les stations-service”, et “pour observer une véritable baisse des prix, il faut à peu près un mois entre le moment où le pétrole est acheté et le moment où il se retrouve à la pompe.”
Autre aspect à prendre en compte : le respect du cessez-le-feu. “Il y aura forcément un petit effet” à la pompe dans les jours qui viennent, “mais pour un plus grand effet, il faudrait que le cessez-le-feu tienne et que le prix du baril diminue sur le long terme”, poursuit-il. Car si l’accord de cessez-le-feu ne concerne que les Etats-Unis, Israël et l’Iran, Michel Fayad rappelle que “les Houthis du Yémen, par exemple, ont la capacité de faire flamber le prix du baril puisqu’ils peuvent frapper certaines infrastructures et l’entièreté de la production pétrolière saoudienne”. “Il y a plein de destructions d’installations qui produisent du pétrole, des carburants. […] Combien de temps va-t-il falloir pour réparer ces installations, et que les chaînes d’approvisionnement se remettent dans un ordre normal ? Ça, je n’ai pas la réponse”, s’interroge de son côté Dominique Schelcher.
Le gouvernement français, lui, “veillera” à ce que les prix de l’essence baissent “aussi vite qu’ils sont montés”, a promis le Premier ministre Sébastien Lecornu dans un message sur X. “Les ministres et les services de l’État réuniront toute la filière, des raffineurs aux distributeurs, à Bercy. Un plan de contrôle sera déclenché. Personne en France ne doit profiter de cette crise, ni hier, ni demain”, a-t-il écrit.

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