C’est une mesure inhabituelle, qui soulève de nombreuses questions. La Chine a réservé de vastes portions de son espace aérien offshore pour une durée de 40 jours, sans fournir d’explication, a révélé le 5 avril le Wall Street Journal. En règle générale, Pékin limite l’accès à certaines zones aériennes lorsqu’il s’apprête à organiser des manœuvres militaires. Or, aucun exercice n’a été annoncé pour cette période, qui a débuté le 27 mars et doit s’achever le 6 mai, des dates non communiquées avant la publication du média américain.
Le pays a ainsi émis un “avis aux missions aériennes” (NOTAM), destiné à informer les pilotes et les autorités aéronautiques des dangers ou restrictions temporaires affectant l’espace aérien. Si l’aviation civile ne semble pas affectée, une coordination est nécessaire pour le survol de ces zones. Cette durée exceptionnelle de restriction, couplée à l’absence d’exercice annoncé, “suggère non pas un exercice ponctuel, mais un état de préparation opérationnelle soutenu, que la Chine ne semble pas juger nécessaire d’expliquer”, a déclaré au journal américain Ray Powell, directeur du projet SeaLight à l’université de Stanford, qui suit l’activité maritime chinoise.
L’hypothèse Taïwan
Dit différemment, cette configuration pourrait permettre à Pékin de s’entraîner à des manœuvres de combat aérien efficaces dans l’hypothèse d’une invasion de Taïwan. La stratégie de la Chine inclurait notamment la mise en place de points de blocage sur des axes de transit que les forces américaines pourraient emprunter, en cas de soutien à ce territoire au statut controversé. Les États-Unis disposent en effet de systèmes de défense, d’unités d’assaut ainsi que de dizaines de milliers de soldats stationnés en Corée du Sud et au Japon.
Coïncidence : les zones aériennes réservées par la Chine s’étendent justement de la mer Jaune, face à la Corée du Sud, jusqu’aux eaux de la mer de Chine orientale, face au Japon, précise l’Administration fédérale de l’aviation américaine (FAA). Cette hypothèse est d’autant plus crédible que ce NOTAM fait suite à un autre mystère récent concernant les intentions militaires de la Chine : l’interruption, par son armée de l’air, de ses vols militaires quasi quotidiens près de Taïwan – une accalmie qui a coïncidé avec le début de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran.
Le Japon ciblé ?
Interrogés, le ministère chinois de la Défense et les autorités de l’Aviation civile n’ont pas réagi. Un haut responsable taïwanais a toutefois indiqué au Wall Street Journal que cette initiative inhabituelle viserait probablement le Japon, engagé dans une crise diplomatique avec la Chine depuis le mois d’octobre. Le mois précédent, un membre des Forces d’autodéfense japonaises s’était introduit dans l’ambassade de Chine à Tokyo, provoquant une vive réaction de Pékin.
La Chine revendique en outre la souveraineté sur les îles Senkaku, administrées par le Japon, et envoie régulièrement des navires de sa garde côtière dans leurs environs afin d’exercer une pression sur Tokyo. Des experts proches du ministère japonais de la Défense avaient déjà indiqué au Telegraph que le risque d’une invasion chinoise de ces îles figurait parmi les préoccupations sécuritaires majeures du pays.
Cette réservation de l’espace aérien intervient également pendant la visite en Chine de Chen Li-wun, figure de l’opposition taïwanaise. Arrivée mardi sur le territoire chinois, Mme Chen est présidente du Kuomintang (KMT) et a, à plusieurs reprises, plaidé en faveur d’un rapprochement avec Pékin, contrairement au Parti démocrate progressiste (PDP) au pouvoir à Taïwan, qui défend le renforcement des défenses de l’île. Son déplacement constitue la première visite en Chine d’un dirigeant en exercice du KMT depuis plus de dix ans.

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