Flambée du prix des matériaux, hausse des taux : la bombe du marché immobilier

La guerre au Moyen-Orient fait déjà grimper le coût des matériaux de construction, et une remontée des taux d’intérêt menace la reprise du neuf. Promoteurs, bailleurs sociaux et particuliers se préparent à un nouveau choc pour le marché immobilier.

Le secteur du logement français s’inquiète déjà des répercussions du conflit au Moyen-Orient. La flambée des prix des matériaux de construction, couplée à une possible hausse des taux d’intérêt, pourrait freiner la reprise de la construction neuve après trois années de crise.

« Dès qu’il y a un conflit armé, les gens attendent. J’ai des promoteurs au téléphone qui me disent qu’ils ont l’impression que le véhicule est à l’arrêt », confie Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI). Pour lui, la reprise pourrait connaître un nouveau coup de frein si la situation géopolitique se durcit.

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Le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, juge lui aussi le contexte préoccupant. La guerre au Moyen-Orient constitue « un facteur exogène extrêmement impactant pour la production de logements », a-t-il déclaré mardi lors d’un comité de suivi du plan « Relance logement ». Sur le terrain, il constate que « l’impact [sur les prix des matériaux de construction] est déjà là », notamment à Bondy, où il s’est rendu récemment.

 « La hausse des taux est inévitable »

Les chiffres sont déjà parlants. La Fédération française du bâtiment (FFB) note jusqu’à 35 % de hausse pour les membranes bitumineuses et 20 % pour certains produits plastiques, comme le PVC et le polystyrène. Du côté des artisans, 65 % des adhérents de la Capeb ont reçu des notifications de leurs fournisseurs signalant des augmentations tarifaires.

Cette tension pourrait être accentuée par la remontée des taux d’intérêt. En février, le taux moyen des nouveaux crédits à l’habitat, hors renégociations, s’établissait à 3,23 % selon la Banque de France. « La hausse des taux est inévitable », prévient Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim), qui craint « un marché en souffrance » affectant aussi bien le neuf que l’ancien.

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Valérie Fournier, directrice générale du bailleur social 3F, souligne les conséquences pour le logement social et l’accession : « Si la hausse des taux arrive, cela va chahuter les organismes HLM et l’accession à la propriété ». Son organisation construit actuellement 85 logements à Bondy, dont 58 destinés à l’achat par des ménages modestes.

Observatoire des prix des matériaux

Face à ces défis, Vincent Jeanbrun appelle à une réaction coordonnée : « S’adapter pour absorber cette crise et atteindre notre objectif de deux millions de logements d’ici 2030 ». Il envisage également la création d’un observatoire des prix des matériaux pour « voir si les hausses sont justifiées ou s’il y a des effets d’aubaine ».

Pour le ministre de l’Économie Roland Lescure, « cette crise est un choc qui va nous coûter à tous ». Il souhaite garantir que « les coûts de ce choc » soient « équitablement partagés » afin de protéger particulièrement les petites et moyennes entreprises du bâtiment.

Le gouvernement, qui avait fixé en janvier un objectif de 2 millions de logements d’ici 2030, dont 125 000 logements sociaux cette année, mise sur un soutien fiscal aux investisseurs et un dispositif de simplification administrative pour accélérer les constructions. Le ministre du Logement défend l’ »opération d’intérêt local », permettant « d’écraser les procédures » dans certaines zones pour réduire les délais de construction.

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