« Pendant un moment, je me suis demandé si j’étais bien en France, et pas dans une cellule en Chine. » Lorsqu’il raconte la scène, trois mois après les faits, Wen (le nom a été changé) semble toujours être sur le point de s’effondrer. Violences, propos discriminants, comportements dégradants : ce ressortissant chinois de 37 ans a déposé une plainte pour des sévices qu’il affirme avoir subis de la part de policiers, lors d’une garde à vue au commissariat des 5e et 6e arrondissements de Paris, fin 2025.
Un an plus tôt, trois fonctionnaires de ce même commissariat avaient été condamnés à des peines de douze à vingt-quatre mois de prison avec sursis pour des violences sur un ressortissant péruvien lors de sa garde à vue, révélées par Libération. A la suite du dépôt de plainte de Wen, le parquet de Paris confirme avoir ouvert une enquête pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique.
Dans sa plainte et son audition en garde à vue, dont Le Monde a eu connaissance, Wen raconte le point de départ du calvaire qu’il dénonce. Dans l’après-midi du 30 novembre 2025, cet artiste, qui a quitté les Etats-Unis pour s’installer en France au début de l’année grâce à un passeport talent, se balade dans le centre de Paris. Il rencontre des inconnus, et fume un joint avec eux. A jeun depuis la veille, l’homme au physique frêle (47 kilos pour 1,68 mètre) se trouve dans un état second, « nauséeux et déshydraté ».
Il entre dans une grande pharmacie, remplit son sac avec environ 350 euros de produits pris au hasard, et s’apprête à sortir sans payer. « J’ai fait quelque chose de très stupide, je ne comprends toujours pas vraiment ce qui m’est passé par la tête à ce moment-là », reconnaît-il sans ambages lors de son dépôt de plainte. Il est intercepté par un vigile, qui appelle la police.
Transféré à l’hôpital
Un équipage l’embarque, direction le commissariat. Dans le hall, Wen se trouve dans « un état de santé très faible » et somnole à moitié. Des policiers auraient alors tenté de le réveiller, « en effectuant de fortes pressions derrière les oreilles », avant de « tirer [ses] paupières (…) pour le forcer à ouvrir les yeux » afin de tenter de déverrouiller son téléphone. « A la limite du malaise », assoiffé, l’homme serait tombé de sa chaise, secoué de spasmes.
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