Est-ce un tournant, dans la démonstration de la dangerosité des pesticides, ou une simple association statistique supplémentaire ? Alors que depuis des années, les experts s’écharpent sur la nocivité réelle des résidus de produits phytosanitaires en population générale, une étude scientifique publiée le 1er avril dans la revue Nature Health, semble apporter un éclairage nouveau sur les risques associés à ces substances.
Soutenue par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Institut Pasteur, une équipe franco-péruvienne a retracé les zones d’exposition théoriques les plus importantes à 31 de ces substances, et ce, à l’échelle d’un pays tout entier, le Pérou, et avec une précision cent mètres par cent mètres. En comparant la carte obtenue avec celle de l’incidence des cancers en population générale, les chercheurs mettent en évidence un lien statistique qu’ils qualifient de robuste, entre les deux phénomènes. Et ce, alors que les pesticides retenus dans l’étude n’ont pas été classés cancérogènes de catégorie 1 par l’OMS.
Si de nombreuses études montrent un risque élevé de certains cancers chez les agriculteurs qui manipulent des quantités importantes de ces substances, les chercheurs peinent à attribuer avec précision le rôle de ces produits en population générale. Dans le jardin, la cuisine, ou le robinet de Monsieur et Madame Tout-le-monde, les doses sont bien plus faibles, et les effets, plus difficiles à identifier. Comment interpréter de cette nouvelle étude ? Établit-elle vraiment “un lien définitif” entre pesticides et cancer en population générale, comme cela a pu être présenté ? Peut-on y voir un pas de plus vers la démonstration d’un rapport de cause à effet entre l’exposition aux produits phytosanitaires aux doses retrouvées dans et l’apparition de tumeurs ? Une mise à défaut des processus d’évaluation de ces substances ? Ou est-ce un coup d’épée dans l’eau, une simple redite dans la lente quête de vérité des scientifiques ?
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