Pour les voyageurs, mais aussi pour les compagnies aériennes, il ne pouvait y avoir pire calendrier. Alors que la saison estivale se profile, la poursuite du conflit au Moyen-Orient pourrait compromettre les déplacements de dizaines de milliers de voyageurs dans les prochains mois. « Nous sommes face à une crise majeure, c’est un véritable choc pétrolier », s’alarme Pascal de Izaguirre, le président de la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (Fnam) et PDG de Corsair. L’impact est déjà « fort » pour l’ensemble des acteurs du tourisme, selon le dirigeant.
Le transport aérien fait face à une flambée historique du prix du kérosène : celui-ci a plus que doublé en l’espace d’un mois, contre une augmentation d’environ 60 % pour le pétrole brut. Du jamais-vu. Le blocage du détroit d’Ormuz, où transite un quart des exportations de kérosène, réduit la disponibilité de ce carburant, qui fait l’objet de toutes les convoitises. À cela s’ajoutent l’augmentation du coût du raffinage au Moyen-Orient et du transport, ainsi qu’un possible phénomène spéculatif. En France et en Europe, la flambée du prix du kérosène est plus forte encore, les importations provenant à 50 % des pays du Golfe.
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« La part du carburant dans les coûts d’exploitation des compagnies aériennes est ainsi passée de 25 à 45 % depuis le début du conflit », chiffre Pascal de Izaguirre. Plusieurs compagnies aériennes ont déjà fait savoir qu’elles avaient augmenté les prix de leurs billets, au grand dam des futurs vacanciers. C’est le cas d’Air France : sur les vols long-courriers, les tarifs ont ainsi augmenté de 100 euros l’aller-retour pour les billets émis depuis le 26 mars. La hausse est moins forte pour les vols court et moyen-courriers, avec une augmentation de 10 euros l’aller-retour en classe économique depuis la mi-mars. Bon à savoir : les compagnies aériennes ne peuvent pas procéder à des réajustements tarifaires après l’achat des billets.
Le prix du kérosène devient à ce point élevé que les vols peuvent ne plus devenir rentables.
Une menace prise très au sérieux
D’autres acteurs ont pris des décisions plus radicales encore, annulant certains vols. C’est le cas de la compagnie scandinave SAS et de l’espagnole Volotea, ou bien encore de Vietnam Airlines. « Le prix du kérosène devient à ce point élevé que les vols peuvent ne plus devenir rentables et qu’il incite les compagnies à les annuler », relève un bon connaisseur du secteur. Mais d’autres acteurs bénéficient d’un effet de reports de voyageurs, certains délaissant l’Asie au profit d’autres destinations.
Tandis que le conflit dure maintenant depuis plus d’un mois, la menace d’une pénurie de kérosène commence à être prise très au sérieux. « Nous avons des inquiétudes à ce sujet, reconnaît Pascal de Izaguirre. Si la situation perdure, il risque d’y avoir des difficultés en matière d’approvisionnement. Et cela va se matérialiser de plus en plus au fur et à mesure que les stocks vont diminuer. La situation, surveillée de près par les pouvoirs publics, pourrait se tendre dans les prochaines semaines. »
La Tribune Dimanche
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Nous risquons de connaître des problèmes d’approvisionnement début juin.
Michael O’Leary, patron de Ryanair
Le tonitruant patron de Ryanair, Michael O’Leary, a été plus précis encore il y a quelques jours, lors d’une conférence de presse. « Si ce conflit se prolonge jusqu’à fin avril, nous risquons de connaître des problèmes d’approvisionnement début juin, a-t-il affirmé. S’il se prolonge jusqu’en mai, nous ne savons pas ce qui se passera. » Les stocks stratégiques en kérosène, comme pour l’essence, correspondent à environ trois mois de consommation, selon une source industrielle.
« Cette crise soulève, une fois de plus, le sujet de l’indépendance énergétique de la France et de la souveraineté nationale, relève encore Pascal de Izaguirre. On se rend compte que nous sommes très dépendants, et donc vulnérables. On n’apprend pas suffisamment des crises du passé, c’est vraiment regrettable. » La création d’une filière dédiée à la production de carburant aérien durable constituerait un début de réponse, en plus de son intérêt pour la décarbonation de l’aérien. Mais, pour l’heure, la volonté des industriels et des pouvoirs publics n’a pas été assez forte pour la faire éclore.

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